4 octobre 2009
PSG - Nancy : 1-1
Un stade totalement silencieux, où soudain l'on entend les spectateurs tousser, se racler la gorge, où l'on entend le bruit des pieds des joueurs sur le ballon, où les actions ne déclenchent que quelques timides bruissements, vite réduits à néant : les cinq premières minutes de la seconde mi-temps, dédiées à la mémoire de Brice Taton, supporter toulousain décédé cette semaine après avoir été agressé en Serbie, auront finalement été les plus étranges et les plus intenses de ce match. Pour le reste, et s'il faut parler de sport, le résumé de la soirée tient en une seule question : comment peut-on expliquer que la même équipe puisse se montrer conquérante, joueuse, opiniâtre face à Lyon, et apathique, atone, sans volonté face à Nancy ? J'imagine que c'est là un simple pas de plus dans ma compréhension des paradoxes frustrants du Paris-Saint-Germain. Il n'empêche que voir une équipe tétanisée par un milieu déficient qui ralentit totalement le jeu, à l'image d'un Makélélé hors-sujet, une équipe qui ne se décide à entrer dans le vif du sujet que l'espace de quelques minutes (après l'ouverture du score nancéenne et jusqu'à l'égalisation, puis lors des dix dernières minutes du match) a quelque chose de décourageant. Les matchs nuls peuvent se suivre sans se ressembler : celui contre Lyon était porteur de beaucoup d'espoir, malgré un résultat mitigé, le match d'hier résume la situation d'une équipe sans ressort et qui n'encaisse que trois points en quatre matches. L'automne sera long...
24 septembre 2009
Vinyle #6 - Taxi Girl - Seppuku
"Je serai ta victime ce soir, mais je n'ai pas peur"... (Le Chant des Enfants Morts, sur "Seppuku" de Taxi Girl)Robert Smith n'a pas été le seul à souffrir à l'orée des années 80, et "Pornography", le chef d'oeuvre de Cure, n'est peut-être que le membre le plus renommé d'une fratrie effrayante, anormale. Une cohorte de disques de l'ombre aussi choquants et marquants que le défilé des "Freaks" de Tod Browning... Daniel Darc, dont les derniers albums ont été à juste titre acclamés, vient de là, de ce caniveau où se mêlent toutes sortes de fluides et d'impuretés. Vingt-cinq ans après, ses démons semblent moins dévorants, mais si ses mots sonnent juste, si sa sincérité affleure à chaque intonation de sa voix, c'est parce que l'on sent distinctement à quel point il a pu descendre bas. Bas, "Seppuku" ? Indéniablement : il n'y a rien de noble ici, rien que du désespoir, de l'autodestruction, du dégoût de soi, dissimulés à grand-peine derrière une pochette travaillée signée Mondino, derrière une production de Jean-Jacques Burnel (des Stranglers). Mais même avec des paillettes et du rouge à lèvres, du fond de teint et une chouette robe de soirée à paillettes, "Seppuku" reste une junkie paumée, frissonnant en attendant sa dose d'euphorie chimique.
"Seppuku" commence pourtant étrangement, avec Les Armées de la Nuit dont l'intro se fait presque sautillante, jusqu'à ce que les mots de Darc viennent ravager cette première impression ("Nous marchions dans les rues, sans même un regard, nous étions les derniers, seuls jusqu’au matin") . L'acclimatation prend quelques minutes, comme en plongée il est nécessaire d'équilibrer la pression pour pouvoir descendre sans se détruire les tympans... Et c'est bien de profondeur dont il est question ici, au moins si l'on cherche à qualifier l'atmosphère qui se dégage du disque : sous ses dehors bien peignés, "Seppuku" est un album de bas-fonds, de gouttière, de parking souterrain. Il sera facile de railler ses atours new-wave, ce son froid et synthétique, ces voix blanche qui appellent à la caricature, ce sera d'autant plus facile que "Seppuku" n'est pas facile à aimer. Pourtant derrière ce son apparemment froid, vestige de l'époque, "Seppuku" est bien un disque désespérément humain, fait de chair et surtout de sang, ce sang dont Darc aspergea son public lors d'un concert devenu légende. La voix, blanche et maladive, de Daniel Darc, exhale tous ses états d'âme et ses excès de l'époque, et l'instrumentation, construite principalement autour d'ornementations de clavier synthétiques qui serpentent vicieusement autour d'un son blanc et crispé construit par la guitare et la basse, parvient à peine à maintenir l'illusion d'une structure et camoufle à peine l'effondrement psychique dont ce disque est le témoignage.
A la fois témoin de son époque et chronique intemporelle d'une descente aux enfers, "Seppuku" est un disque définitif, comme le geste de Viviane Vog qui "tranche ses veines" sur le titre du même nom... Peut-être ne l'aimeras-tu pas, lecteur, et je ne saurais t'en vouloir : après tout l'inconfort n'est pas une obligation.
PS : Pour parler de "Seppuku", comme pour l'écouter, le choix du vinyle est une quasi-nécessité... dictée par des impératifs pratiques, puisque les parcimonieuses rééditions CD sont introuvables ou presque.
23 septembre 2009
PSG - Lyon : 1-1
Espoir, doute, exaltation, frustration : en quelques heures, la rencontre entre le PSG et l'Olympique Lyonnais aura permis de vivre toutes les sensations qui font du football un spectacle d'une intensité incroyable. Avant le match, on espère le meilleur, tout en reconnaissant avec humilité que Lyon fait peur, que l'on craint le pire. Le pire aurait été que l'OL prenne les rênes de la rencontre, le contrôle du jeu pour un affrontement à l'issue certaine. Mais bon sang que cette équipe parisienne fut belle à voir. Si le début du match a été lyonnais, la révolte du PSG a été éclatante : engagement total, esprit combatif, l'équipe a développé un jeu vraiment enthousiasmant, beau à regarder - et tous les joueurs ont été bons. Tant et si bien que l'absence de ce couillon de Sessegnon, considéré comme l'unique dépositaire de l'animation parisienne, passe inaperçue. On regrette plus celle d'Erding, qui aurait certainement eu la possibilité de tuer le match alors qu'Hoarau, pas encore au niveau de l'année dernière, vendange plusieurs occasions. Le PSG aura ainsi mené pendant plusieurs dizaines de minutes, devant un Parc à l'ambiance surchauffée. Alors effectivement, le but de l'égalisation lyonnaise fait mal : même s'il a été concrétisé lors d'une grosse phase de domination pour les joueurs de l'OL, Gomis était purement et simplement hors-jeu. Au final, est-ce qu'il vaut mieux voir un superbe match malgré un résultat frustrant ? Ou bien se satisfaire d'une victoire étriquée, obtenue au cours d'un match pourri ? Je n'ai pas la réponse. Tout ce que je sais, c'est que le Parc a vu un superbe match. Paris aurait dû gagner, bordel !
15 septembre 2009
Taxi Girl - Aussi Belle Qu'une Balle
Ce bref billet en appellera bientôt un autre, plus long, au sujet de Taxi Girl. Mais j'avais envie de partager un bref instant de nostalgie, un voyage qui commence comme une bonne rigolade kitsch, une rigolade qui s'arrêterait net, comme on appuierait sur une gâchette... Quant on parle de musique des années 80, il est toujours difficile de faire comprendre ce qui peut différencier la purée préfabriquée de certaines vraies chansons. La limite est mince en vérité : Aussi Belle Qu'une Balle, avec son clip cheap montrant les trois musiciens jouer un playback plus qu'approximatif, avec ses synthés en avant, donne bien envie de grasseyer en ressortant quelque fameuse parodie des Inconnus. Le chant maniéré de Daniel Darc élargira les sourires entendus, mais prêtez attention aux paroles : une litanie basée sur un désespoir amoureux qui vire au morbide. "Et moi je n'attends qu'elle, oui mais autant vouloir se tuer" : voici que quelques gloussements se transforment en toux embarrassée. Voyez-vous la gravité de Daniel Darc, à travers ses oripeaux d'époque ? Comprenez-vous l'étrange subversion de cette chanson aussi chargée de bile qu'elle paraît sucrée de prime abord ?
Taxi Girl peut prêter à rire. Mais le quatuor (puis trio après la mort d'un de ses membres) n'a jamais versé dans la gaudriole. Retenez ceci : Taxi Girl vaut bien mieux qu'une caricature. Alors ce billet aura rempli son rôle.
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6 septembre 2009
Vinyle #5 - Pink Floyd - Wish You Were Here
En parcourant d’une main distraite les étagères de ta tour à CD à la recherche d’un fond sonore décent, tes doigts se sont posés sur cet album, ce vieux truc que tu n’avais pas écouté depuis des années, "Wish You Were Here" de Pink Floyd. L’album idéal à écouter bien assis dans un fauteuil, pendant qu’on feuillette distraitement une BD ou une revue, t’es-tu dit – bon sang, es-tu déjà si vieux ?Dès que les premières nappes synthétiques ont rempli l’espace de la pièce, tout est revenu. L’humiliation, ce putain d’éclair goguenard dans les yeux de la fille quand tu lui as expliqué que c’était un de tes albums préféré, cette moquerie muette dont tu n’avais pas saisi la cause – tu en avais en revanche parfaitement compris les implications : jamais tu n’arriverais à tes fins avec elle. Plus tard, lorsque, pas rancunière, elle te ferait découvrir le punk, Sex Pistols, Joy Division, Pixies, tu comprendrais à quel point tu t’étais gouré ce jour là.
Pink Floyd, c’est ces bajoues flasques, ballottant mollement autour des visages falots des trois vieux paumés sur une scène trop grande pour eux, le regard perdu dans la foule, au beau milieu de ces centaines de milliers de spectateurs assoupis ou assommés par trop de joints, ces trois ventripotents essayant désespérément de montrer qu’ils valent encore quelque chose, ex-rockstars en chemises de vieux, en pantalons de vieux, dégarnis comme des vieux mais essayant de jouer jeune, et cet espèce de désarroi sur leur visage, d’aveu d’échec muet pourtant palpable même à travers un écran de télévision.
Pink Floyd, c’est tes premières soirées au lycée, avec quelques amis, les premières bitures, les premiers joints, ces crépuscules interminables qui se prolongent en nuits blanches, les discussions qui deviennent de plus en plus ineptes et clairsemées lorsque l’alcool et le cannabis font leur effet, pour finalement n’aboutir qu’à de longues plages de silence, durant lesquelles tout le monde écoute la musique, ponctuant quelques morceaux de bravoure d’un hochement de tête approbateur, à défaut d’avoir encore la capacité d’articuler un commentaire intelligible.
Pink Floyd c’est ces ampoules au bout des doigts, les cordes métalliques de ta première guitare qui te meurtrissent la chair quand tu essaies d’imiter les bends improbables de David Gilmour (dans Guitar Part, tu as lu qu'il pouvait faire monter la note de deux tons et demi, toi, en y allant de toutes tes forces, tu as péniblement réussi à atteindre un ton, puis la corde a émis une note étrange et sèche en se brisant), c’est aussi ces heures passées à rembobiner ta cassette, à repasser, inlassablement, l’interminable intro de Shine On You Crazy Diamond, pour tenter d’en reproduire le solo, sous le regard bienveillant de tes parents qui préféraient t’entendre jouer la musique de leur jeunesse qu’aligner les accords saturés et strident d’une chanson punk. C'est encore les regards posés sur toi (admiratifs pour certains, goguenards pour quelques autres), ce soir de beuverie au coin d'un feu de bois, sur la plage de Saint-Georges de Didonne, lorsque tu as interprété Wish You Were Here, reproduisant même avec application le solo de l'introduction...
Près de dix ans après, tu es affalé sur ton fauteuil, et en y repensant, depuis quand n'avais-tu pas écouté ce disque? Trop de mauvais souvenirs, trop de choses que tu aimerais avoir oublié, et puis Pink Floyd, ça fait désordre pour quelqu'un qui aimerait se targuer d'avoir des goûts musicaux pointus... Pourtant, même si ça t'arrache la gueule de le reconnaître, cet album est plutôt bon. Excellent, même. Wish You Were Here, finalement c'est une superbe ballade, non? Ca écoeure moins que Hotel California, merde. Même Welcome To The Machine, avec sa pseudo-philosophie sous-jacente à la Orwell, ça s'écoute encore assez bien. Et Gilmour, quel guitariste, quand même... Pour un peu, tu ressortirais ta gratte, pour te dérouiller un peu les doigts, peut-être que tu n'as pas tout perdu... Alors tu réalises, alors que les dernières notes s'éteignent pour laisser place au silence, tu réalises que tu as beaucoup plus vieilli que ce disque que tu as essayé de détester pendant des années sans jamais réellement y parvenir. Cet échec que tu croyais lire dans les yeux des musiciens, ce sera bientôt le tien. C'est celui de tous ceux qui essaient de rattraper leur jeunesse. Mais les musiciens de Pink Floyd, eux, ont vraiment quelque chose à rattraper, pas seulement quelques souvenirs de drague minable ou de biture sordide. Tu ne fais pas vraiment le poids. Tu reposes prudemment le disque là où il était, puis tu sors prendre l'air quelques minutes...
1 septembre 2009
Eli Gottlieb - Ainsi Soit-Il
Après la fin tragique de son meilleur ami d'enfance, écrivain raté, un homme se penche sur son passé et déclenche une succession de révélations plus surprenantes les unes que les autres. Sur le papier, l'argument du roman d'Eli Gottlieb paraît prometteur. Déception à l'arrivée : le livre refermé, qu'en retiendra-t-on ? Pas grand-chose ; la faiblesse d'"Ainsi Soit-Il", c'est de paraître toujours courir après la justification de son existence. Drame psychologique ? Chronique d'un couple qui se délite ? Il se passe en permanence beaucoup de chose dans le roman, en tout cas il se passe beaucoup de choses dans l'esprit de son narrateur, mais sans que jamais une intrigue ne se dessine réellement. Le livre se referme avec l'impression paradoxale d'une lecture à grande vitesse, dans l'urgence, mais qui ne mène nulle part. Pourtant toutes ces péripéties ont bien un point de convergence, qui se précise fort logiquement à la conclusion du livre, mais entre le début en fanfare et cette fin volontairement renversante, tout semble s'enchaîner sans logique.La faute aussi à des personnages trop schématiques, trop caricaturaux : le personnage de Rob Castor, poète maudit voué à l'échec, ne prend jamais l'ampleur qui devrait être la sienne compte tenu de la place centrale que son charisme est censé lui donner dans le petit monde qui gravite autour de lui. Quant au narrateur / héros, totalement insupportable dans son affectation intello-arty bien américaine, il catalyse tous les clichés du roman psychologique new-yorkais. Les romans de David Gates ("Jernigan", "Preston Falls") ont autrement plus d'élégance et de force dans la description de l'emprise du quotidien sur la vie d'un américain moyen, et du dérèglement progressif d'une existence huilée.
La pêche sera probablement meilleure la prochaine fois, en tout cas "Ainsi Soit-Il" s'oubliera bien vite.
30 août 2009
PSG - Lille : 3-0
J'entame avec ce match ma seconde saison d'abonnement au Parc des Princes (symptômatique : j'hésite encore à écrire supporter, même si en définitive ma préférence ne fait aucun doute...). Je retrouve ainsi la tribune après plus de 3 mois de coupure, et je goûte de nouveau à l'ambiance électrique du Parc : on l'oublie facilement après quelques semaines de désintoxication, mais le stade est aussi une petite addiction. L'après-midi se prête parfaitement aux retrouvailles : temps au beau fixe, température agréable. Si l'on ajoute à cela qu'à la 4ème journée de championnat, les enjeux sont assez limités et ne risquent pas de créer de tension trop exacerbée, que de plus le PSG pointe parmi les premières places de la Ligue 1 après un début de saison très réussi, tous les ingrédients sont réunis pour un beau spectacle.
En l'occurrence, au-delà du match lui-même, très réussi et bien maîtrisé par Paris, c'est l'adrénaline de retrouver l'ambiance du stade qui domine, le plaisir réellement physique de se sentir enveloppé par la foule, véritable masse humaine, toute en ferveur, en exubérance, en mauvaise foi. L'adrénaline, toujours, à haute dose lors d'une belle action, ou surtout, lors de l'explosion délirante de joie qui suit un but. J'avais oublié la force, la puissance absolue, primale / primaire de ces instants, j'ai été servi avec les 3 buts de ce soir.
Une nouvelle saison démarre, j'ai pris place à bord, pour l'instant la croisière s'amuse, et j'espère simplement que l'on saura éviter les galères de la fin de saison dernière. Erding et Jallet semblent bien prometteurs, Sessegnon toujours entre spectacle étincelant et jeu collectif déficient, Luyindula en forme, Coupet encore largement dans le coup : les raisons d'espérer sont bien là !
John Burdett - Bangkok 8
Rien de tel qu'un bon polar pour accompagner quelques heures de farniente estival ; extrêmement distrayant et réjouissant, "Bangkok 8" remplit plus que parfaitement cet office. L'histoire en elle-même est de facture plus que classique, s'appuyant sur un héros qui cherche à résoudre un étrange crime crapuleux dans un double but de justice et de vengeance, son meilleur ami (son "frère spirituel") ayant également trouvé la mort dans l'épisode. Plus original en est le développement, puisque le héros, Sonchaï Jitpleecheep, s'avère être un flic atypique refusant toute forme de corruption, et préférant s'adonner à la méditation pour construire ses enquêtes. Le choc des cultures orientale et occidentale est mis en scène par le biais d'une collaboration entre Sonchaï (métis fils d'un Américain et d'une Thaïlandaise) et Kim Jones, enquêtrice du FBI cherchant à pincer un énigmatique magnat du commerce de l'art.Burdett ne se prive pas de donner force détails sur l'état de corruption et le fonctionnement atypique de la police thaïlandaise, et ne fait pas plus l'impasse sur le développement florissant de l'industrie de la prostitution. Indéniablement, l'efficacité de la narration y gagne, puisque le moindre événement quotidien devient révélateur d'un mode de vie et de pensée qui nous échappe presque totalement. A l'inverse, on n'échappe pas à un exotisme légèrement racoleur, à la limité d'un reportage de "Zone Interdite". En cela, on est assez loin des romans de Tony Hillerman, qui trouvaient leur force dans l'originalité du contexte (la communauté indienne à la fin du XXème siècle), et paraissaient plus exacts, moins sensationnalistes que "Bangkok 8". Moyennant quoi, en se gardant de la considérer comme une enquête sociologique (l'auteur reconnaît d'ailleurs assez humblement en fin d'ouvrage avoir recouru à quelques expédients pour agrémenter son roman), cette drôle d'histoire se déguste sans complexe, avec une délectation légèrement salace.
8 août 2009
Foo Fighters - Exhausted
Rideau temporaire pour quelques vacances... Lecteur, quittons-nous sur une chanson dont le titre en dira long sur mon état : Exhausted des Foo Fighters.
Cet album s'apparente plus à un album solo de Dave Grohl, qui l'a composé et enregistré seul ou presque. C'est peut-être ce côté "Do It Yourself", très punk, qui donne au disque une fragilité, une élégance que je n'ai pas retrouvé dans les albums suivants de Foo Fighters devenus groupe. Je retiens avant tout le dernier morceau de cet album. Exhausted (épuisé) porte magnifiquement son nom, je pense sentir ici s'épancher toute la tristesse, toute la fatigue de Grohl après la fin de Nirvana. Un exutoire désarmant de sincérité et de fragilité, précédant un cycle bien plus apaisé avec les Foo Fighters, qui vont devenir une usine à tubes power-pop lisses, de qualité mais sans grande personnalité.
La légende veut que Grohl ait proposé Exhausted à Cobain, qui appréciait la mélodie mais aurait préféré y apposer ses propres paroles. Je n'ai certainement pas à juger ce que Cobain aurait dû faire ou ne pas faire, surtout pas moi, mais c'est mieux ainsi. Dave Grohl méritait de garder cette chanson.
5 août 2009
Alias - Saison 5
"Alias", archétype de la série moins débile qu'elle n'en a l'air... Bien avant de jouer avec "Cloverfield" la carte de la duplicité ultime entre spectacle frénétique et mise en abyme intello, JJ Abrams a créé avec cette saga un premier hybride fascinant, compression "à la César" de Mata-Hari, Indiana Jones, Freud, Tomb Raider et Françoise Dolto. Il m'a fallu une bonne saison avant de tomber dans les rets d'"Alias", avant de me passionner pour le destin de cette espionne à l'entourage sévèrement secoué, le temps de me familiariser avec cette atmosphère particulière, entre cartoon et psychodrame familial. Evidemment, lorsqu'on a suivi toutes les péripéties (j'ai bien dit "suivi" et non "compris" ou "retenu") des quatre premiers volets de la série, on en attend avec une certaine fébrilité le dénouement...Cette dernière saison d'Alias est à elle seule un concentré de paradoxes : comment conclure de façon aussi digne que possible une série dont, justement, la fin est dictée par des chutes d'audience ? Comment continuer à captiver le spectateur quand l'argument principal du spectacle devient accessoire ? L'énorme, au sens propre, surprise du début de saison est en en effet de découvrir la grossesse de Sydney Bristow (et par là même celle de Jennifer Garner). Une situation qui n'est pas sans conséquence sur le déroulement des épisodes, un des ressorts principaux de la série étant de s'appuyer sur les diverses qualités de la demoiselle, qualités athlétiques pour les cascades, anatomiques pour les scènes à déguisements ou tenues hautement improbables. Qu'il est déstabilisant de voir cet être que l'on croyait invincible, cybernétique, ramené à la condition de simple humain par la plus commune des raisons. Sydney Bristow, jadis walkyrie virevoltante, traîne péniblement sa misère, le visage bouffi, l'air ailleurs, nage dans ses nippes de femme enceinte. Avoir échappé à ce que la Terre compte de tueurs sanguinaires et impitoyables pour se voir terrassée par son propre foetus : bordel, c'est quoi ce message ?!
Etrangement, pour la première fois peut-être depuis le début de la série, j'ai pris le temps de regarder la série avec plus de recul, d'analyser les expédients mis en oeuvre par des scénaristes et des producteurs que l'on devine marris. Introduction de nouveaux personnages, mise en place de nouveaux dispositifs narratifs (avec Sydney qui devient le mentor d'une nouvelle espionne débutante), recours encore accru à des coups de théâtre totalement démentiels : tout y passe. Déterminant sine qua non de la série, le quota "bombasses" reste atteint grâce à l'arrivée de personnages hautement photogéniques (la blonde Rachel Nichols, parfaite en oie blanche, Amy Acker, jolie vilaine et Elodie Bouchez, plus discutable en espionne chevronnée). L'honneur est sauf, mais cela ne suffit pas totalement à maintenir la tension sur le début de saison, qui pâtit énormément de la situation particulière de son héroïne, et qui pédale donc allègrement dans la semoule. Pour le reste, business as usual, on marche mais presque à contrecoeur (-"Ah mais attends, tu es une espionne tueuse mondialement recherchée" -"Oui mais en fait je veux t'aider car je suis gentille" -"Ah bon OK alors").
La seconde partie de la saison, beaucoup plus enlevée, est évidemment marquée par l'accouchement de Sydney Bristow, et par le retour aux affaires d'une Jennifer Garner encore empruntée, mais infiniment plus efficace et charismatique que ses faire-valoir. L'épisode qui marque ce grand retour est le meilleur de la saison, percutant, bien écrit, drôle et haletant. Les épisodes suivants gardent le rythme pour un finale surchargé, excessif mais assez stimulant.
Le spectacle culmine logiquement lors d'un ultime épisode qui symbolise à lui seul les qualités et les défauts de la série : une action frénétique et invraisemblable, jamais dénuée d'humour, et un scénario qui ne recule jamais devant une incohérence pour garantir la persistance du suspens et de la tension. En orchestrant le retour (et le destin) de tous les personnages majeurs de la saga, le dernier épisode brasse allègrement les thématiques principales sur lesquelles elle s'est construite, pour un résultat déconcertant.
Assez loin des standards définis par les saisons 2 et 3, largement les meilleures de la série, cette dernière saison clôt "Alias" sur un sentiment mi-figue mi-raisin : encore une fois, j'ai dévoré les épisodes les uns après les autres sans le moindre ennui... mais sans non plus sentir la profondeur de champ qui pouvait donner leur ampleur aux moments les plus marquants de la saga. L'essoufflement déjà sensible lors de la saison 4 devient plus incontestable, et la vérité ultime d'"Alias" se fait alors jour : c'était vraiment bien, mais il faut passer à autre chose maintenant...
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