22 décembre 2009

Le Top Du Blogueur

J'adore les classements. Je devrais d'ailleurs m'inquiéter de ce goût pour la hiérarchisation, pour l'ordonnancement de disques qui n'ont rien à voir les uns avec les autres. En attendant ma psychanalyse, je livre céans les albums que je pense retenir de cette année. Je commencerais par signaler en exergue que pour la première fois depuis longtemps j’ai rencontré en 2009 quelques difficultés à trouver une dizaine de disques m’ayant vraiment enthousiasmé. L'année fut-elle pauvre ? Ou bien ai-je inconsciemment préféré écouter de vieux disques plutôt que des nouveautés cette année ? Je serais très intéressé par vos réactions et vos avis à ce sujet.

The Pains Of Being Pure At Heart - s/t : j’ai abordé ce disque partout acclamé avec un certain scepticisme, voyant de loin la baudruche arty s’approcher. Finalement, cet album frais, concis, léger a triomphé de mes doutes et a contaminé ma platine et mon baladeur toute l'année. Il y a vraiment tout ce que j’aime dans ce disque. Autant en faire mon album de l’année. J'ai déjà entendu ça mille fois, forcément (rien qu'en cumulant mes écoutes de "Loveless" ou "Psychocandy" par exemple), mais cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu cela comme ça, des chansons bien écrites et balancées sans complexes, à grand renfort de guitares bruitistes et de voix diaphanes. Qu'importent la modernité et l'air du temps, ici la spontanéité est reine. Voilà qui fait un bien fou.


Dominique A - La Musique : si je mentionne "La Musique", c’est au moins autant pour le disque, impeccable, que pour le concert de novembre dernier au Casino de Paris. Dominique A sur scène, c’est toujours un choc ; on a beau s'y attendre, sa présence, son intelligence, sa maîtrise et son honnêteté fondamentale emportent tout sur leur passage. Le concert magnifie de façon spectaculaire des chansons déjà excellentes. Depuis "L'Horizon", j'arrive enfin à trouver que les albums de Dominique A rendent justice à son talent ; "La Musique" le confirme avec brio. Et pour ma part, je méditerai longtemps, pour des raisons qui me sont propres, sur Hasta Que El Cuerpo Aguante et ses paroles mémorables.


The XX - s/t : un autre poids lourd de l'année. Leur premier album est une vraie réussite, leur style minimaliste me parle. Je ne peux que me réjouir de voir un tel groupe rencontrer un succès aussi massif (au moins sur le plan critique). Quant à se prosterner aveuglément face à The XX, il y a un pas que je me refuse à franchir. Voici assurément l'un des meilleurs albums de l'année mais encore une fois, quelque chose me dit que l'on a plus à faire à un défaut de combattants. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. The XX : borgnes de l'année ?


Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night Of The Soul : Classe, élégance, intelligence. "Dark Night Of The Soul" rassemble toutes les qualités, pour tout dire c'en serait même suspect. Dieu merci, l'album survit à ses promesses ou presque. On ne s'ennuie que très peu (un exploit dans un tel album collaboratif) et les meilleures chansons sont tout simplement des chefs-d'oeuvre. This Mortal Coil est encore très loin, mais cette tentative kamikaze dépasse largement l'anecdote.

Future Of The Left - Travels With Myself And Another : j'ai déjà parlé de ce brulot sur Indiepoprock.net, je vous invite à relire ma chronique, je n'en ai pas honte.

Phoenix - Wolfgang Amadeus Phoenix : Si l'on excepte quelques incursions plus étranges qui ne masquent qu'imparfaitement la totale uniformité de l'ensemble, le dernier album de Phoenix nous propose dix fois la même chanson. Qu'importe : cette chanson quasi-unique, ce titre pop merveilleusement écrit, arrangé, tout en efficacité et en élégance, on a envie de l'écouter cent fois, mille fois. 1901 fois pour tout dire...

Passion Pit - Manners : L'album pute de l'année. Une succession de tubes décomplexés, qui visent simplement à provoquer l'euphorie et y parviennent parfaitement. Il n'est pas dit que je me souvienne longtemps de "Manners", mais son évanescence hédoniste a vraiment égayé mon année.

P.O.S. - Never Better : rageur, oppressant, sombre, violent. Quand le hip-hop rencontre intelligemment le rock, ça donne "Never Better". Ca frappe fort et juste, comme souvent chez Rhymesayers.

School Of Seven Bells - Alpinisms : Cet album reste pour moi une superbe curiosité. Il n'est pas passionnant de bout en bout et recèle plusieurs temps morts, mais lorsque la formule fonctionne et en particulier au cours d'une première moitié d'album de très haute volée, "Alpinisms" stupéfie, rassemblant des dizaines d'influences complètement antinomiques avec un naturel confondant. Des voix divines s'entremêlant face à un mur de guitares saturées, le tout chevauchant des rythmes qu'on pourrait croire pondus par Leftfield : je n'en avais pas forcément rêvé mais depuis que School Of Seven Bells l'a fait, je me dis que j'aurais dû.

En marge de ce palmarès subjectif, je m’interroge sur la domination écrasante de certains groupes dans l’ensemble des classements 2009. "Merriweather Post Pavillion d’Animal Collective", en particulier, phagocyte tous les suffrages : c’est pour moi une véritable source d’incompréhension, malgré de multiples tentatives je ne parviens toujours pas à écouter cet album de bout en bout...

Pour être exhaustif je me dois de mentionner une découverte tardive que je dois aux tops de mes amis indiepopeux : "Post-Nothing" des Japandroids ressemble fort à une merveille. Je ne l'ai pas encore assez écouté pour donner ici un avis définitif mais cet album distille un goût de reviens-y bien enivrant... A suivre !

18 décembre 2009

Un match, une chanson #5 - Dominique A : Le Courage Des Oiseaux (PSG - Lens : 1-1)

C'est quand vient l'hiver que l'on se sent vraiment supporter... Ca peut paraître risible mais devoir, en pleine semaine, enfiler trois épaisseurs de pulls, deux paires de chaussettes, sortir gants et bonnet pour aller voir son équipe jouer face à un promu un match sans réel enjeu qui lui permettra au mieux de s'incruster aux places de milieu de tableau, cela nécessite du courage, du moins de la motivation. Dès le début, cette soirée a oscillé entre excitation et abnégation. Et l'on n'imagine jamais très bien qu'une histoire puisse finir si mal (égalisation de Lens) quand elle a commencé si bien (ouverture du score bien chanceuse par Makélélé). Parfois, Dieu sait ce qui passe dans la tête de Sakho, défenseur aux sautes de concentration toujours aussi dévastatrices. Peut-être finirons-nous par nous lasser...

Si j'ai choisi pour illustrer ce triste match le célèbre Courage des Oiseaux de Dominique A, c'est également pour le dédicacer un brin ironiquement aux supporters, qui eux aussi chantent dans le vent glacé. Au final, ce que l'on retient d'une soirée comme celle-ci, c'est bien plus l'ambiance toujours spectaculaire du Parc, même à l'orée de l'hiver. La tribune oscille en fait entre le courage des oiseaux et celui des oiseux - le courage de beugler des noms d'oiseaux ? Drôles de volatiles en vérité que ces supporters beuglant "Ho Hisse, enculé" à chaque dégagement de Runje (un ex-Marseillais...). Mais ce que je crois commencer à comprendre, c'est que le rôle de la tribune n'est pas d'être juste, d'être fair-play, d'être mesurée, ni même tolérante. Son rôle c'est d'être là, aussi bruyamment que possible.


14 décembre 2009

Un match, une chanson #4 - El Columpio Asesino : La Caja De Musica (PSG - St-Etienne : 3-0)

Retour sur un chef-d'oeuvre injustement méconnu : "De Mi Sangre A Tus Cuchillas", sorti en 2006, demeure pour moi un des très hauts lieux de la décennie, et malgré un nom à la gomme, El Columpio Asesino doit être considéré comme un groupe majeur (vous pouvez au passage lire la chronique de l'album sur Indiepoprock.net)... Au lendemain de la très belle victoire de Paris face à St-Etienne, je vous propose de découvrir la chanson qui clôt l'album. La Caja De Musica traduit parfaitement la dynamique du match : ça démarre sur les chapeaux de roue avec une équipe martiale, dominatrice, carrée, impeccable. 3-0 à la mi-temps et un Parc des Princes aux anges : Paris se contente alors de gérer au cours d'une seconde mi-temps plutôt soporifique sur le plan du jeu, mais bercée d'un doux sentiment d'allégresse à mesure que se dessine la victoire. Exactement le sentiment ambivalent que parvient à procurer la fin de la chanson, rythmée par les notes d'un xylophone discret et les éclats d'une trompette un rien flapie.

Après une série de matches bien pénibles, le PSG semble sur la voie de la rédemption et enchaîne de bonne performances ; à confirmer dès mercredi soir face à Lens...

2 décembre 2009

Un match, une chanson #3 - Fujiya & Miyagi : Ankle Injuries (PSG - Auxerre : 1-0)

Au-delà du soulagement d'une victoire vraiment attendue au terme d'un match franchement médiocre, je retiens de cette victoire du PSG la blessure de Grégory Coupet, gardien de l'équipe. Sa fracture de la cheville faisait mal vue des tribunes, elle fait encore plus mal en gros plan et en ralenti à la télévision. Coupet s'est blessé tout seul, en tentant de sauver un corner sur une passe pourrie d'un de ses défenseurs. J'espère le revoir garder les buts du Parc. La chanson que j'ai retenue ne représente pas vraiment le déroulement du match, simplement une association directe du titre avec ce fait de jeu particulier. Ankle Injuries (Blessures à la cheville), de Fujiya & Miyagi n'en est pas moins un excellent morceau, symbolique de la classe toute en sobriété du groupe. Cette sélection me permet aussi de découvrir que les vidéos de Fujiya & Miyagi sont régulièrement sublimes ; je ne résiste pas au plaisir de vous faire profiter de celle d'Ankle Injuries. Enjoy, and so long, Greg.