17 mars 2010

Un match, une chanson #7 - Kaiser Chiefs : I Predict A Riot (PSG - Lorient : 0-3)

J'ai laissé cette série de billets en jachère depuis plusieurs semaines (lire : mois). Pour tout dire il n'est pas aisé d'écrire sur le football et la musique - c'est peut-être facile pour Nick Hornby mais pour moi c'est encore loin d'être naturel. Qui plus est les très mauvais résultats de Paris et l'ambiance de plus en plus pesante autour du club ne m'ont pas aidé à poursuivre une démarche avant tout ludique. Pourtant, j'aimerais malgré tout revenir sur les 4 derniers matches du PSG au Parc des Princes. Je ne connais pas encore bien la tribune, l'historique des relations entre les différents groupes de supporters, mais rétrospectivement, tout était déjà bien lisible, comme en témoignent les seules phrases que j'avais notées à la hâte le 7 février, au lendemain de la déroute face à Lorient.

"L'électricité est palpable dans la tribune. Les visages, fermés, ne sont plus tournés vers le match mais bien vers la tribune elle-même, à l'affut de l'endroit d'où partira la prochaine volée de huées, la prochaine bordée d'injures, la plupart des gens se désintéressent du spectacle du terrain pour surveiller, de coups d'oeil fugaces mais révélateurs, les mouvements avoisinants. Des ballons de baudruche éclatent, les cloisons métalliques qui font office de séparation entre les tribunes résonnent sous les coups de latte."

J'avais retenu, pour son simple titre, I Predict A Riot des Kaiser Chiefs, une chanson que je n'apprécie pas réellement par ailleurs (après avoir un instant hésité avec Armand Est Mort, un vieux titre de MC Solaar qu'on aurait pu, avec un humour assez noir, dédier au défenseur parisien, nul et conspué face à Lorient). Les événements autour du match face à l'OM me donneraient raison quelques semaines plus tard.


12 mars 2010

Vinyle #8 - This Mortal Coil - Blood

Au moment où est paru cet album (en 1991), le label 4AD était depuis longtemps devenu mythique chez les fans de rock indépendant : une sorte de Blue Note de la pop éthérée (Cocteau Twins) ou du rock tordu (Pixies, Breeders, Throwing Muses). A l'époque, 4AD avait tout d'une dream-team pour fan de musique Lenoiresque. Il faut reconnaître à Ivo Watts-Russell (le créateur du label) un certain flair, une démarche originale et droite, une rigueur dans la poursuite de sa ligne artistique qui restent encore aujourd'hui exemplaires. This Mortal Coil, projet ambitieux qui ressemble fort à la poursuite monomaniaque d'un fantasme de passionné de musique, est la preuve évidente de toutes ces qualités. L'idée même du projet semble à la fois limpide et impensable : réunir des artistes pour un florilège de reprises et de compositions personnelles. Une sorte de No-Star Academy, en quelque sorte. Trois albums furent ainsi produits par ce faux groupe ; "Blood" est le dernier d'entre eux.

Patchwork de chansons douces reliées entre elles par de souvent splendides plages instrumentales contemplatives, "Blood" distille une indicible mélancolie ainsi qu'un sentiment d'apaisement euphorisant. Dès le premier morceau, le charme agit, posant les bases d'un schéma que l'on retrouvera à de nombreuses reprises au cours du disque : d'étranges nappes synthétiques viennent bercer l'oreille, avant de s'effacer pour laisser la place à un quatuor à cordes élégiaque. Les chansons choisies sont presque toutes aussi excellentes que méconnues, leur interprétation est systématiquement renversante. You And Your Sister, fredonné d'une voix douce par Kim Deal des Pixies, est le plus beau morceau qu'elle ait jamais chanté. Mr Somewhere, merveille tout droit venue du premier album des excellents Apartments, susurrée par Carolyn Crawley, garde toute sa simplicité et son charme presque naïf. I Come And Stand At Every Door, splendeur souveraine à l'imposante majesté, force l'admiration : le morceau s'ouvre sur un a capella à couper le souffle, puis un violon vient seconder la voix durant le deuxième couplet ; un rythme lent et minimal s'ajoute ensuite, avant qu'un nouvel écheveau de violons, de voix et de nappes synthétiques ne vienne compléter le fond musical pour un final passionnant. Et qui peut rester insensible à la douceur de Several Times, douce comptine à la mélodie enchanteresse, se concluant sur les notes évanescentes d'un piano incertain?

"Blood" recèle encore bien d'autres pépites (l'inquiet et étrange Late Night, le vaporeux Carolyn's Song), mais le plus beau finalement, c'est qu'en dépit du nombre des intervenants, ce disque dégage une véritable impression de cohérence. Tout coule de source et "Blood" se prête peut-être mieux que tout autre album à ces séances d'écoute songeuses, de celles que l'on s'offre les soirs de spleen, confortablement installé dans un fauteuil, l'esprit vagabondant au gré des vents soufflés par cette musique triste et belle.

Laura Veirs - July Flame

Une fois n'est pas coutume, parlons d'une simple chanson. Les 4 minutes les plus envoûtantes de ce début d'année sont signées Laura Veirs (un nom que je croise régulièrement depuis plusieurs années sans avoir eu jusqu'ici le courage de me pencher réellement sur sa musique). Je ne suis pas certain d'écrire un article entier sur le dernier album de Laura Veirs, "July Flame". C'est un bon disque mais je le trouve trop inégal, grevé par de trop nombreux titres dispensables. Mais la chanson titre, mâtin, cette chanson... Depuis que j'ai entendu July Flame (la chanson), et cela fait plusieurs semaines, je n'arrive pas à m'en défaire. Une accroche minimaliste sur quelques glissés de guitares, la voix mi-femme mi-enfant de Laura Veirs qui se cale d'abord très scolairement sur cette trame, puis le morceau prend son envol progressivement, au gré de l'arrivée de différents instruments, de différentes voix, pour finir en joyeux entrelacs de lignes mélodiques. A l'arrivée, près de 4 minutes de bonheur, à savourer sans modération aucune.

Je vous propose au passage d'en découvrir la vidéo artisanale et assez décalée, signée par Doug Savage, l'auteur des par ailleurs très pertinents Savage Chickens...


5 mars 2010

The Mountain Goats - The Life Of The World To Come

Voilà plusieurs semaines que je n'avais pas écrit sur un disque. Je dois avouer que j'ai passé beaucoup de temps, comme chaque année, à mettre à profit les milliers de classements publiés dans chaque recoin du web pour découvrir les nombreux albums que j'ai ratés en 2009. J'ai trouvé beaucoup de baudruches, beaucoup d'écoutes dispensables, mais heureusement quelques belle trouvailles, que je n'aurai pas le courage de toutes mentionner car la plupart ont déjà été louées maintes fois au sein de maints sites. J'aimerais cependant parler ici de l'album des Mountain Goats - et en préalable, je dois avouer que c'est le premier album de ce groupe que j'écoute, malgré la taille déjà imposante de leur discographie.

J'ai envie d'écrire que "The Life Of The World To Come" est un album honnête ; ironie lexicale, ce serait sous-entendre à peu près le contraire de ce que je ressens réellement. Un disque "honnête", c'est comme une personne "gentille" : sous le compliment apparent se cache en général un dédain à peine masqué. Or j'ai tout sauf envie de dédaigner "The Life Of The World To Come". Si je parle d'honnêteté, c'est parce qu'à aucun moment cette musique ne semble fabriquée, travestie, maquillée. Au contraire, les Mountain Goats portent haut les valeurs de ferveur, de simplicité, portés par une véritable foi en la musique (les titres des chansons, faisant tous référence à des passages de la Bible, attestent d'ailleurs de la place de la foi, sous toutes ses formes, dans cet album). Dès la première écoute, la profonde sincérité du disque s'impose, principalement véhiculée par la belle voix voilée de John Darnielle, et par les instrumentations, très acoustiques, sobres et parfois rudimentaires mais pourtant assez travaillées. Les quelques interventions du très à la mode Owen Pallett sur des arrangements de cordes se fondent remarquablement dans l'ensemble, apportant des enjolivures bienvenues sans pour autant phagocyter l'attention. Quant à l'écriture, elle tient remarquablement la rampe ; dans une veine très marquée par le folk, le songwriting de Darnielle est classique, sans volonté réelle d'innover, mais maîtrisé.

Serait-ce à dire que "The Life Of The World To Come" est un chef-d'oeuvre ? Certainement pas, mais sa simplicité, son honnêteté en font le disque le plus attachant que j'aie écouté ces dernières semaines. John Darnielle n'a certainement rien à faire de la hype, doit se foutre des modes comme de sa première corde cassée. "The Life Of The World To Come" est un album sur lequel rien n'est feint, dans lequel la cosmétique n'a pas droit de cité. Cette qualité devient, je m'en rends compte, une qualité qui me touche de plus en plus dans les disques que j'écoute. J'avais déjà écrit tout le bien que je pensais, pour des raisons similaires, de "The Meadowlands" de The Wrens.

Au-delà de leurs qualités intrinsèques, certains disques ne valent que par ce que l'auditeur en fait. Cet album des Mountain Goats appartient vraiment à cette veine de disques "contextuels". Pour qui souhaite rester en phase avec le rythme frénétique imposé par notre siècle, "The Life Of The World To Come" pourra paraître ennuyeux et fade. Pour qui estime au contraire avoir besoin de se mettre en retrait quelques temps, de se mettre hors circuit et de respirer, il sera en revanche un compagnon des plus précieux.

Pour vous en convaincre, je vous propose d'écouter le merveilleux 1 John 4:16

4 mars 2010

Fred Vargas - Dans Les Bois Eternels

Le polar s'accommode bien des séries ; tous les auteurs semblent prendre plaisir à créer un héros et le suivre sur plusieurs romans. De l'ancêtre Agatha Christie avec Poirot à la doyenne PD James avec Adam Dalgliesh en passant par la plus dispensable Elisabeth George (Linley) ou même Patricia Cornwell (Scarpetta), la récurrence des personnages est une figure imposée du policier. Ce qui m'étonne, c'est finalement que Fred Vargas, romancière en tous points exceptionnelle, ne fasse pas exception à la règle.

Fred Vargas, c'est le symbole d'une certaine excellence du roman policier à la française. On parle bien de roman policier et non de roman noir, soit de la résolution d'une énigme initialement posée plutôt que de l'exploration des méandres de l'âme humaine. Ce qui faisait la force et l'originalité de Vargas tenait selon moi à plusieurs éléments. D'abord une écriture légère, simple, élégante, empreinte d'un humour doux-amer des plus séduisants. Ensuite une capacité à créer un univers décalé, déroutant, délicatement onirique. Enfin une intelligence dans la construction : alors que dans un polar classique, l'énigme est posée dès la première page, dans un roman de Vargas, l'intrigue se construisait généralement à partir d'un dérèglement initial qui pouvait sembler anodin - en d'autres termes on passait une bonne partie du livre à se demander quelle était l'intrigue, une incertitude assez ludique et stimulante. On retrouve ces ingrédients ici, mais maniés avec moins de pertinence qu'à l'accoutumée.

J'ai été surpris de voir Vargas opter, au fil des romans, pour un personnage récurrent (le fantasque Adamsberg). Surpris car à la lecture de ces premiers romans où l'on croisait d'autres héros, j'avais eu l'impression qu'en recourant à un univers aussi excentrique elle devrait en rester à des figures à usage unique, sous peine de voir leur charme s'éventer.

Pour ma part, j'ai erré entre deux sentiments à la lecture de "Dans Les Bois Eternels". D'abord le plaisir de retrouver le style et la patte (tous deux indéniables et reconnaissables) de Fred Vargas dans un roman de qualité. Ensuite la déception et une pointe d'énervement à voir cet univers stagner totalement et même s'échouer sans grand succès sur les rives du réel.

Tant que Fred Vargas restait dans un univers mal défini, aux frontières du policier et du fantastique mais dans tous les cas hors des limites du quotidien, ses romans trouvaient leur place. Pour faire évoluer son microcosme, Vargas l'enrichit de nouveaux personnages, beaucoup plus nombreux que par le passé, et tente d'ancrer son action dans un univers plus consistant. Dans les deux cas, ce n'est pas forcément la meilleure solution. Ses personnages sont trop excentriques pour être réels et pour passionner dans la durée. Tant que l'on n'avait affaire qu'à un ou deux héros atteints de folie douce, on arrivait à y adhérer sans problème. Ici c'est tout une brigade qui semble marcher sur la tête, entre celui qui ne s'exprime qu'en vers, l'alcoolique au savoir encyclopédique, le débutant aux réparties stupides mais à la mémoire hors normes... Sans parler de l'ensemble des personnages croisés, tous plus barrés les uns que les autres. Ce qui se traduit au final par une progression assez décousue (on ne comprend que dalle à ce que font les personnages mais c'est normal parce qu'ils sont fous) et une succession de dialogues totalement invraisemblables...

Pour finir, "Dans Les Bois Eternels" reste un bon roman, grâce à l'écriture de Fred Vargas qui est toujours aussi alerte. Mais son charme ne tient plus qu'à cela. Les recettes et les ficelles de l'univers de Vargas deviennent avec le temps de plus en plus apparentes et systématiques...

20 février 2010

Japandroids - Post-Nothing

J'ai découvert sur le tard le premier album de Japandroids. J'aurais vraiment aimé voir le groupe cette semaine sur scène ; à défaut voici un petit retour sur cet album.

Les a priori sont stupides, parfois. Avec leur nom composite (en fait un téléscopage des noms des groupes d'origine de ces deux lascars), les Japandroids évoquent à la première lecture une engeance techno pas forcément ragoûtante. En fait, "Post Nothing" est un album de chair, de sang, de salive, de sueur, de foutre. Un album de fluides vitaux, un album de fluides vital. Un mur de guitares, érigé avec un son tellement saturé qu'on n'arrive jamais vraiment à savoir si tout cela est le fruit d'un seul instrument ou d'une horde de crève-la-dalle armés de six cordes. Une batterie épileptique, qui lutte ce qu'elle peut pour ne pas se faire concasser par les guitares, et qui multiplie les brisures rythmiques et les syncopes comme un animal traqué accumulerait les changements de direction pour échapper à son prédateur. Une voix, parfois deux même si j'hésiterais à parler d'harmonies vocales, entre le chant et le cri, suintant aussi bien l'excitation que la détresse. Miraculeusement, de ce maelström émergent de vraies chansons, des refrains qu'on peut aussi bien fredonner que hurler.

Cet album a la rage, la vraie, une rage teintée de désespoir, et le rock primal délivré par le duo enterre littéralement les productions de bien des groupes portés sur le minimalisme. Certes, ça fait du bruit, c'est très désordonné, ce n'est ni rigoureux ni très élégant. C'est le type d'albums qu'on devine torchés à la va-vite, dans l'urgence de quelques nuits sans sommeil, balancés sans ménagement dans la gueule de l'auditeur comme on balancerait une bouteille à la mer - parce qu'on craint la noyade prochaine. Je n'avais plus ressenti cette excitation, cette urgence avec une telle acuité depuis longtemps - ou sur des disques de hip-hop plutôt que sur des disques de rock.

"Post-Nothing" est un disque qui déferle littéralement sur la tronche, sans sommation, sans trompette mais avec pas mal de tambours. Un disque qui secoue, qui piétine, qui malmène. Un disque qui donne une putain d'impression de se sentir vivant, qui donne envie de s'ébrouer et de pousser de vieux hurlements de damnés le matin dans le métro. Un disque qui fait rêver d'avoir de nouveau vingt balais pour pouvoir écrire à une fille : "It's raining / In Vancouver / But I don't give a fuck / Because I'm alone with you tonight".


31 janvier 2010

Ray French - Six Pieds Sous Terre

Pour lutter contre une vague de licenciements, Aidan, un ouvrier gallois, se lance dans une manifestation très personnelle en s'enterrant pendant plusieurs semaines dans un cercueil enseveli au milieu de son jardin. C'est sur ce point de départ (qui va évidemment déclencher une foule d'événements inattendus) que Ray French brode "Six Pieds Sous Terre", une fable sociale dans la droite lignée des canons du genre : autour d'Aidan gravite une galerie de personnages qui permet de mettre en scène des péripéties tour à tour émouvantes et cocasses (la fille aînée, sérieuse et rangée, le fils, arriviste et velléitaire, la bande d'amis couillons mais fidèles...)

"Six Pieds Sous Terre" se lit sans déplaisir et sans ennui. Sans enthousiasme débordant non plus, notamment parce que Ray French se borne à utiliser des figures classiques de la littérature sociale anglaise. Les prolétaires sont un peu rustres, mais sympathiques et plus intelligents qu'il n'y paraît, les patrons sont méchants et n'auront d'ailleurs à aucun moment la parole dans le livre. A l'arrivée, c'est grand capital qui triomphe mais les ouvriers sont plus soudés que jamais après une expérience qui leur prouve à tous les vertus de l'amitié et de l'amour...

De la difficulté à survivre dans un caisson enterré, de la claustrophobie que l'expérience peut provoquer, il n'est pas fait mention ou presque. Seules quelques pages s'attachent à décrire les premiers jours d'Aidan dans son cercueil, l'oppression de se savoir à la merci d'un événement imprévu, sans aucune possibilité physique de réagir du fait de l'exiguïté du caisson, l'organisation nécessaire pour maintenir un semblant d'hygiène corporelle... Ce sont les pages les plus réussies du livre et j'aurais vraiment apprécié que cette expérience d'isolement soit beaucoup plus développée, mais French craint visiblement d'ennuyer le lecteur et s'empresse alors de trouver des expédients pour relancer le récit à l'aide d'événements prenant place sur la terre ferme. Aidan et son cercueil ne sont alors plus qu'un prétexte pour une seconde moitié de roman en forme de métaphore de la lutte des classes. Une solution de facilité qui rend le roman plus distrayant mais qui en limite considérablement l'impact...

Un match, une chanson #6 - The Ramones : Why Is It Always This Way ? (PSG - Monaco : 0-1)

Un match correct du PSG qui se termine pourtant en défaite ridicule avec un but contre son camp du goal remplaçant Edel et des regrets énormes pour l'équipe dont les tirs ont heurté trois fois les poteaux adverses. Le but ? Une erreur ridicule qui ne manquera pas d'ailleurs d'être reprise et raillée avec délectation par les journalistes dès le lendemain. Le Parc dégaine des banderoles de plus en plus assassines à l'encontre de Colony Capital, les chants invitant poliment l'actionnaire à investir ou à passer la main se multiplient... La frustration se fait palpable - il faut bien reconnaître que se déplacer en plein milieu de semaine en hiver pour voir son équipe se faire ridiculiser par les hommes de Guy Lacombe n'a rien de très satisfaisant. Je retiens aussi cette sentence assénée par un supporter près de moi en tribune après un tir sur la transversalle : "ils ne marqueront pas aujourd'hui" - une évidence dictée par le fatalisme du supporter dépité. Comme une habitude, déjà, une certitude. De Grenoble à Auxerre la saison dernière en passant par Nice ou maintenant Monaco, on a vraiment le sentiment qu'effectivement, c'est toujours comme ça... Et pourquoi ? C'est la question que je fais mienne en choisissant Why Is It Always This Way ? des Ramones pour accompagner ce billet. Rappelons qu'au départ le morceau tiré de "Rocket To Russia" n'a que peu avoir avec des frustrations sportives puisqu'il évoque les derniers souvenirs d'une fille suicidaire avant son dernier geste...

Un dernier mot pour mentionner la tension croissante qui semble régner dans la tribune et plus encore, entre les tribunes Boulogne et Auteuil. Je ne connais pas assez bien l'histoire du club et le monde des supporters pour pouvoir porter un jugement ; je ne sais pas non plus si tout cela est uniquement lié aux résultats sportifs ou si d'autres considérations entrent en ligne de compte. En tout cas j'ai le sentiment diffus que l'on est peut être partis pour des mois assez troubles pour le club et les supporters... Une raison de plus pour choisir une bonne vieille chanson punk pour illustrer ce match.

6 janvier 2010

Richard Price - Le Samaritain

Ray Mitchell, scénariste d'une série à succès, revient dans la banlieue déshéritée dans laquelle il a grandi pour animer un atelier d'écriture dans son ancien lycée. Quelques semaines plus tard, il est victime d'une agression qui le laisse entre la vie et la mort. L'inspectrice Nerese Ammons, policière à quelques mois de la retraite et camarade d'enfance de Mitchell, se met en tête de résoudre l'affaire... Sur cette trame somme toute banale, Richard Price bâtit un roman véritablement bouleversant. J'hésiterais beaucoup à qualifier "Le Samaritain" de roman policier ou de roman noir. Ce bouquin exsude la tristesse, la mélancolie, c'est un fait, mais il n'a rien à voir avec la vision du monde cynique et désabusée d'un James Ellroy par exemple. Au contraire, les personnages sont tous dépeints avec une attention, une finesse et une humanité qui les rendent à la fois crédibles et passionnants. Tous nous sont livrés avec leurs qualités, leurs défauts, leurs contradictions, leurs interrogations. Imparfaits mais admirables. Chez Richard Price, il n'y a donc pas véritablement de gentils ou de méchants, simplement des êtres plus ou moins blessés, plus ou moins courageux, dont les actions sont guidées alternativement par la volonté de garder la tête hors de l'eau et par le violent désir d'être aimé.

Les amateurs de péripéties à foison en resteront pour leur frais : pour apprécier "Le Samaritain", il faut savoir se laisser porter par son rythme lâche, savoir emprunter les chemins de traverse qu'ils nous propose, savoir écouter ces dizaines de voix qui tour à tour s'expriment. Pour qui acceptera de lui consacrer un peu de temps, ce magnifique roman flapi, ce grand livre las se montrera passionnant et émouvant de bout en bout. D'abord parce que son personnage central, l'étrange Ray Mitchell, est un loser sublime, conteur intarissable prêt à tout pourvu que cela lui permette de se sentir utile. Mais au-delà de cette figure marquante, c'est une formidable galerie de personnages qui s'anime sous nos yeux, un microcosme dont les actions, les histoires, les relations tissent le canevas de l'évolution d'une ville, de ses différents quartiers, de sa population, sur plusieurs décennies. C'est tout à la fois touchant et jubilatoire, à la fois totalement statique et débordant d'action : si l'histoire principale tient finalement sur un confetti, ce sont les anecdotes foisonnantes qui se greffent dessus qui font toute la substance de ce livre monde. Un roman choral, comme le rappelle la quatrième de couverture, mais là où ce type d'entreprises vise surtout à créer des intrigues qui s'entrecroisent de façon abracadabrante, Richard Price se contente de donner à chacun la parole, avec simplicité. Il ne cherche pas à épater la galerie mais il a des milliers d'histoires à raconter. Ecoutez-les !

3 janvier 2010

Gregory McDonald - Rafael, Derniers Jours

Bienvenue en enfer : Rafael, épave humaine de même pas trente ans, accepte d'être la victime d'un snuff-movie en échange de quelques milliers de dollars à léguer à sa famille. "Rafael, Derniers Jours" narre - comme la traduction française du titre original "The Brave" l'indique clairement - les faits et gestes du condamné durant le bref laps de temps qui le sépare de sa mort. Suit une succession de saynètes décrivant la vie d'une communauté de marginaux pour qui l'expression "no future" semble vraiment avoir un sens.

Cela pourrait être insupportable, ça l'est dans une certaine mesure d'ailleurs, mais c'est aussi, surtout, bien plus que ça : joyeux, émouvant, parfois poignant. La grande force de ce très bref roman, c'est qu'il parvient à survivre, à transcender même son argument de base choquant et malsain grâce à une empathie et une tendresse qui donnent envie d'aimer ces personnages. Bien entendu, on ne ressort ni indemne ni gai de cette plongée dans un marais de misère (l'univers bidonvillesque de Morgantown, où les habitants, tous illettrés et alcooliques, tentent de gagner leur pitance en revendant tant bien que mal des objets extirpés de la décharge avoisinante). Le choix de Rafael lui permet cependant d'apporter un bonheur inhabituel à ses proches, de s'imprégner de l'amour qu'il éprouve pour sa famille boîteuse, de prendre conscience de la misère de sa vie, de la vie de ceux qui l'entourent, de bâtir des projets d'avenir en échappant à l'angoisse de les voir s'effondrer.

L'écriture de McDonald est sèche, sans beaucoup de fioritures ni de description, et s'appuie principalement sur des dialogues pour décrire les personnages et leurs relations. C'est cette sobriété qui permet au livre d'échapper au pathos, au voyeurisme glauque. Mémorable, pas moins.