12 mars 2010

Laura Veirs - July Flame

Une fois n'est pas coutume, parlons d'une simple chanson. Les 4 minutes les plus envoûtantes de ce début d'année sont signées Laura Veirs (un nom que je croise régulièrement depuis plusieurs années sans avoir eu jusqu'ici le courage de me pencher réellement sur sa musique). Je ne suis pas certain d'écrire un article entier sur le dernier album de Laura Veirs, "July Flame". C'est un bon disque mais je le trouve trop inégal, grevé par de trop nombreux titres dispensables. Mais la chanson titre, mâtin, cette chanson... Depuis que j'ai entendu July Flame (la chanson), et cela fait plusieurs semaines, je n'arrive pas à m'en défaire. Une accroche minimaliste sur quelques glissés de guitares, la voix mi-femme mi-enfant de Laura Veirs qui se cale d'abord très scolairement sur cette trame, puis le morceau prend son envol progressivement, au gré de l'arrivée de différents instruments, de différentes voix, pour finir en joyeux entrelacs de lignes mélodiques. A l'arrivée, près de 4 minutes de bonheur, à savourer sans modération aucune.

Je vous propose au passage d'en découvrir la vidéo artisanale et assez décalée, signée par Doug Savage, l'auteur des par ailleurs très pertinents Savage Chickens...


5 mars 2010

The Mountain Goats - The Life Of The World To Come

Voilà plusieurs semaines que je n'avais pas écrit sur un disque. Je dois avouer que j'ai passé beaucoup de temps, comme chaque année, à mettre à profit les milliers de classements publiés dans chaque recoin du web pour découvrir les nombreux albums que j'ai ratés en 2009. J'ai trouvé beaucoup de baudruches, beaucoup d'écoutes dispensables, mais heureusement quelques belle trouvailles, que je n'aurai pas le courage de toutes mentionner car la plupart ont déjà été louées maintes fois au sein de maints sites. J'aimerais cependant parler ici de l'album des Mountain Goats - et en préalable, je dois avouer que c'est le premier album de ce groupe que j'écoute, malgré la taille déjà imposante de leur discographie.

J'ai envie d'écrire que "The Life Of The World To Come" est un album honnête ; ironie lexicale, ce serait sous-entendre à peu près le contraire de ce que je ressens réellement. Un disque "honnête", c'est comme une personne "gentille" : sous le compliment apparent se cache en général un dédain à peine masqué. Or j'ai tout sauf envie de dédaigner "The Life Of The World To Come". Si je parle d'honnêteté, c'est parce qu'à aucun moment cette musique ne semble fabriquée, travestie, maquillée. Au contraire, les Mountain Goats portent haut les valeurs de ferveur, de simplicité, portés par une véritable foi en la musique (les titres des chansons, faisant tous référence à des passages de la Bible, attestent d'ailleurs de la place de la foi, sous toutes ses formes, dans cet album). Dès la première écoute, la profonde sincérité du disque s'impose, principalement véhiculée par la belle voix voilée de John Darnielle, et par les instrumentations, très acoustiques, sobres et parfois rudimentaires mais pourtant assez travaillées. Les quelques interventions du très à la mode Owen Pallett sur des arrangements de cordes se fondent remarquablement dans l'ensemble, apportant des enjolivures bienvenues sans pour autant phagocyter l'attention. Quant à l'écriture, elle tient remarquablement la rampe ; dans une veine très marquée par le folk, le songwriting de Darnielle est classique, sans volonté réelle d'innover, mais maîtrisé.

Serait-ce à dire que "The Life Of The World To Come" est un chef-d'oeuvre ? Certainement pas, mais sa simplicité, son honnêteté en font le disque le plus attachant que j'aie écouté ces dernières semaines. John Darnielle n'a certainement rien à faire de la hype, doit se foutre des modes comme de sa première corde cassée. "The Life Of The World To Come" est un album sur lequel rien n'est feint, dans lequel la cosmétique n'a pas droit de cité. Cette qualité devient, je m'en rends compte, une qualité qui me touche de plus en plus dans les disques que j'écoute. J'avais déjà écrit tout le bien que je pensais, pour des raisons similaires, de "The Meadowlands" de The Wrens.

Au-delà de leurs qualités intrinsèques, certains disques ne valent que par ce que l'auditeur en fait. Cet album des Mountain Goats appartient vraiment à cette veine de disques "contextuels". Pour qui souhaite rester en phase avec le rythme frénétique imposé par notre siècle, "The Life Of The World To Come" pourra paraître ennuyeux et fade. Pour qui estime au contraire avoir besoin de se mettre en retrait quelques temps, de se mettre hors circuit et de respirer, il sera en revanche un compagnon des plus précieux.

Pour vous en convaincre, je vous propose d'écouter le merveilleux 1 John 4:16

4 mars 2010

Fred Vargas - Dans Les Bois Eternels

Le polar s'accommode bien des séries ; tous les auteurs semblent prendre plaisir à créer un héros et le suivre sur plusieurs romans. De l'ancêtre Agatha Christie avec Poirot à la doyenne PD James avec Adam Dalgliesh en passant par la plus dispensable Elisabeth George (Linley) ou même Patricia Cornwell (Scarpetta), la récurrence des personnages est une figure imposée du policier. Ce qui m'étonne, c'est finalement que Fred Vargas, romancière en tous points exceptionnelle, ne fasse pas exception à la règle.

Fred Vargas, c'est le symbole d'une certaine excellence du roman policier à la française. On parle bien de roman policier et non de roman noir, soit de la résolution d'une énigme initialement posée plutôt que de l'exploration des méandres de l'âme humaine. Ce qui faisait la force et l'originalité de Vargas tenait selon moi à plusieurs éléments. D'abord une écriture légère, simple, élégante, empreinte d'un humour doux-amer des plus séduisants. Ensuite une capacité à créer un univers décalé, déroutant, délicatement onirique. Enfin une intelligence dans la construction : alors que dans un polar classique, l'énigme est posée dès la première page, dans un roman de Vargas, l'intrigue se construisait généralement à partir d'un dérèglement initial qui pouvait sembler anodin - en d'autres termes on passait une bonne partie du livre à se demander quelle était l'intrigue, une incertitude assez ludique et stimulante. On retrouve ces ingrédients ici, mais maniés avec moins de pertinence qu'à l'accoutumée.

J'ai été surpris de voir Vargas opter, au fil des romans, pour un personnage récurrent (le fantasque Adamsberg). Surpris car à la lecture de ces premiers romans où l'on croisait d'autres héros, j'avais eu l'impression qu'en recourant à un univers aussi excentrique elle devrait en rester à des figures à usage unique, sous peine de voir leur charme s'éventer.

Pour ma part, j'ai erré entre deux sentiments à la lecture de "Dans Les Bois Eternels". D'abord le plaisir de retrouver le style et la patte (tous deux indéniables et reconnaissables) de Fred Vargas dans un roman de qualité. Ensuite la déception et une pointe d'énervement à voir cet univers stagner totalement et même s'échouer sans grand succès sur les rives du réel.

Tant que Fred Vargas restait dans un univers mal défini, aux frontières du policier et du fantastique mais dans tous les cas hors des limites du quotidien, ses romans trouvaient leur place. Pour faire évoluer son microcosme, Vargas l'enrichit de nouveaux personnages, beaucoup plus nombreux que par le passé, et tente d'ancrer son action dans un univers plus consistant. Dans les deux cas, ce n'est pas forcément la meilleure solution. Ses personnages sont trop excentriques pour être réels et pour passionner dans la durée. Tant que l'on n'avait affaire qu'à un ou deux héros atteints de folie douce, on arrivait à y adhérer sans problème. Ici c'est tout une brigade qui semble marcher sur la tête, entre celui qui ne s'exprime qu'en vers, l'alcoolique au savoir encyclopédique, le débutant aux réparties stupides mais à la mémoire hors normes... Sans parler de l'ensemble des personnages croisés, tous plus barrés les uns que les autres. Ce qui se traduit au final par une progression assez décousue (on ne comprend que dalle à ce que font les personnages mais c'est normal parce qu'ils sont fous) et une succession de dialogues totalement invraisemblables...

Pour finir, "Dans Les Bois Eternels" reste un bon roman, grâce à l'écriture de Fred Vargas qui est toujours aussi alerte. Mais son charme ne tient plus qu'à cela. Les recettes et les ficelles de l'univers de Vargas deviennent avec le temps de plus en plus apparentes et systématiques...

20 février 2010

Japandroids - Post-Nothing

J'ai découvert sur le tard le premier album de Japandroids. J'aurais vraiment aimé voir le groupe cette semaine sur scène ; à défaut voici un petit retour sur cet album.

Les a priori sont stupides, parfois. Avec leur nom composite (en fait un téléscopage des noms des groupes d'origine de ces deux lascars), les Japandroids évoquent à la première lecture une engeance techno pas forcément ragoûtante. En fait, "Post Nothing" est un album de chair, de sang, de salive, de sueur, de foutre. Un album de fluides vitaux, un album de fluides vital. Un mur de guitares, érigé avec un son tellement saturé qu'on n'arrive jamais vraiment à savoir si tout cela est le fruit d'un seul instrument ou d'une horde de crève-la-dalle armés de six cordes. Une batterie épileptique, qui lutte ce qu'elle peut pour ne pas se faire concasser par les guitares, et qui multiplie les brisures rythmiques et les syncopes comme un animal traqué accumulerait les changements de direction pour échapper à son prédateur. Une voix, parfois deux même si j'hésiterais à parler d'harmonies vocales, entre le chant et le cri, suintant aussi bien l'excitation que la détresse. Miraculeusement, de ce maelström émergent de vraies chansons, des refrains qu'on peut aussi bien fredonner que hurler.

Cet album a la rage, la vraie, une rage teintée de désespoir, et le rock primal délivré par le duo enterre littéralement les productions de bien des groupes portés sur le minimalisme. Certes, ça fait du bruit, c'est très désordonné, ce n'est ni rigoureux ni très élégant. C'est le type d'albums qu'on devine torchés à la va-vite, dans l'urgence de quelques nuits sans sommeil, balancés sans ménagement dans la gueule de l'auditeur comme on balancerait une bouteille à la mer - parce qu'on craint la noyade prochaine. Je n'avais plus ressenti cette excitation, cette urgence avec une telle acuité depuis longtemps - ou sur des disques de hip-hop plutôt que sur des disques de rock.

"Post-Nothing" est un disque qui déferle littéralement sur la tronche, sans sommation, sans trompette mais avec pas mal de tambours. Un disque qui secoue, qui piétine, qui malmène. Un disque qui donne une putain d'impression de se sentir vivant, qui donne envie de s'ébrouer et de pousser de vieux hurlements de damnés le matin dans le métro. Un disque qui fait rêver d'avoir de nouveau vingt balais pour pouvoir écrire à une fille : "It's raining / In Vancouver / But I don't give a fuck / Because I'm alone with you tonight".


31 janvier 2010

Ray French - Six Pieds Sous Terre

Pour lutter contre une vague de licenciements, Aidan, un ouvrier gallois, se lance dans une manifestation très personnelle en s'enterrant pendant plusieurs semaines dans un cercueil enseveli au milieu de son jardin. C'est sur ce point de départ (qui va évidemment déclencher une foule d'événements inattendus) que Ray French brode "Six Pieds Sous Terre", une fable sociale dans la droite lignée des canons du genre : autour d'Aidan gravite une galerie de personnages qui permet de mettre en scène des péripéties tour à tour émouvantes et cocasses (la fille aînée, sérieuse et rangée, le fils, arriviste et velléitaire, la bande d'amis couillons mais fidèles...)

"Six Pieds Sous Terre" se lit sans déplaisir et sans ennui. Sans enthousiasme débordant non plus, notamment parce que Ray French se borne à utiliser des figures classiques de la littérature sociale anglaise. Les prolétaires sont un peu rustres, mais sympathiques et plus intelligents qu'il n'y paraît, les patrons sont méchants et n'auront d'ailleurs à aucun moment la parole dans le livre. A l'arrivée, c'est grand capital qui triomphe mais les ouvriers sont plus soudés que jamais après une expérience qui leur prouve à tous les vertus de l'amitié et de l'amour...

De la difficulté à survivre dans un caisson enterré, de la claustrophobie que l'expérience peut provoquer, il n'est pas fait mention ou presque. Seules quelques pages s'attachent à décrire les premiers jours d'Aidan dans son cercueil, l'oppression de se savoir à la merci d'un événement imprévu, sans aucune possibilité physique de réagir du fait de l'exiguïté du caisson, l'organisation nécessaire pour maintenir un semblant d'hygiène corporelle... Ce sont les pages les plus réussies du livre et j'aurais vraiment apprécié que cette expérience d'isolement soit beaucoup plus développée, mais French craint visiblement d'ennuyer le lecteur et s'empresse alors de trouver des expédients pour relancer le récit à l'aide d'événements prenant place sur la terre ferme. Aidan et son cercueil ne sont alors plus qu'un prétexte pour une seconde moitié de roman en forme de métaphore de la lutte des classes. Une solution de facilité qui rend le roman plus distrayant mais qui en limite considérablement l'impact...

Un match, une chanson #6 - The Ramones : Why Is It Always This Way ? (PSG - Monaco : 0-1)

Un match correct du PSG qui se termine pourtant en défaite ridicule avec un but contre son camp du goal remplaçant Edel et des regrets énormes pour l'équipe dont les tirs ont heurté trois fois les poteaux adverses. Le but ? Une erreur ridicule qui ne manquera pas d'ailleurs d'être reprise et raillée avec délectation par les journalistes dès le lendemain. Le Parc dégaine des banderoles de plus en plus assassines à l'encontre de Colony Capital, les chants invitant poliment l'actionnaire à investir ou à passer la main se multiplient... La frustration se fait palpable - il faut bien reconnaître que se déplacer en plein milieu de semaine en hiver pour voir son équipe se faire ridiculiser par les hommes de Guy Lacombe n'a rien de très satisfaisant. Je retiens aussi cette sentence assénée par un supporter près de moi en tribune après un tir sur la transversalle : "ils ne marqueront pas aujourd'hui" - une évidence dictée par le fatalisme du supporter dépité. Comme une habitude, déjà, une certitude. De Grenoble à Auxerre la saison dernière en passant par Nice ou maintenant Monaco, on a vraiment le sentiment qu'effectivement, c'est toujours comme ça... Et pourquoi ? C'est la question que je fais mienne en choisissant Why Is It Always This Way ? des Ramones pour accompagner ce billet. Rappelons qu'au départ le morceau tiré de "Rocket To Russia" n'a que peu avoir avec des frustrations sportives puisqu'il évoque les derniers souvenirs d'une fille suicidaire avant son dernier geste...

Un dernier mot pour mentionner la tension croissante qui semble régner dans la tribune et plus encore, entre les tribunes Boulogne et Auteuil. Je ne connais pas assez bien l'histoire du club et le monde des supporters pour pouvoir porter un jugement ; je ne sais pas non plus si tout cela est uniquement lié aux résultats sportifs ou si d'autres considérations entrent en ligne de compte. En tout cas j'ai le sentiment diffus que l'on est peut être partis pour des mois assez troubles pour le club et les supporters... Une raison de plus pour choisir une bonne vieille chanson punk pour illustrer ce match.

6 janvier 2010

Richard Price - Le Samaritain

Ray Mitchell, scénariste d'une série à succès, revient dans la banlieue déshéritée dans laquelle il a grandi pour animer un atelier d'écriture dans son ancien lycée. Quelques semaines plus tard, il est victime d'une agression qui le laisse entre la vie et la mort. L'inspectrice Nerese Ammons, policière à quelques mois de la retraite et camarade d'enfance de Mitchell, se met en tête de résoudre l'affaire... Sur cette trame somme toute banale, Richard Price bâtit un roman véritablement bouleversant. J'hésiterais beaucoup à qualifier "Le Samaritain" de roman policier ou de roman noir. Ce bouquin exsude la tristesse, la mélancolie, c'est un fait, mais il n'a rien à voir avec la vision du monde cynique et désabusée d'un James Ellroy par exemple. Au contraire, les personnages sont tous dépeints avec une attention, une finesse et une humanité qui les rendent à la fois crédibles et passionnants. Tous nous sont livrés avec leurs qualités, leurs défauts, leurs contradictions, leurs interrogations. Imparfaits mais admirables. Chez Richard Price, il n'y a donc pas véritablement de gentils ou de méchants, simplement des êtres plus ou moins blessés, plus ou moins courageux, dont les actions sont guidées alternativement par la volonté de garder la tête hors de l'eau et par le violent désir d'être aimé.

Les amateurs de péripéties à foison en resteront pour leur frais : pour apprécier "Le Samaritain", il faut savoir se laisser porter par son rythme lâche, savoir emprunter les chemins de traverse qu'ils nous propose, savoir écouter ces dizaines de voix qui tour à tour s'expriment. Pour qui acceptera de lui consacrer un peu de temps, ce magnifique roman flapi, ce grand livre las se montrera passionnant et émouvant de bout en bout. D'abord parce que son personnage central, l'étrange Ray Mitchell, est un loser sublime, conteur intarissable prêt à tout pourvu que cela lui permette de se sentir utile. Mais au-delà de cette figure marquante, c'est une formidable galerie de personnages qui s'anime sous nos yeux, un microcosme dont les actions, les histoires, les relations tissent le canevas de l'évolution d'une ville, de ses différents quartiers, de sa population, sur plusieurs décennies. C'est tout à la fois touchant et jubilatoire, à la fois totalement statique et débordant d'action : si l'histoire principale tient finalement sur un confetti, ce sont les anecdotes foisonnantes qui se greffent dessus qui font toute la substance de ce livre monde. Un roman choral, comme le rappelle la quatrième de couverture, mais là où ce type d'entreprises vise surtout à créer des intrigues qui s'entrecroisent de façon abracadabrante, Richard Price se contente de donner à chacun la parole, avec simplicité. Il ne cherche pas à épater la galerie mais il a des milliers d'histoires à raconter. Ecoutez-les !

3 janvier 2010

Gregory McDonald - Rafael, Derniers Jours

Bienvenue en enfer : Rafael, épave humaine de même pas trente ans, accepte d'être la victime d'un snuff-movie en échange de quelques milliers de dollars à léguer à sa famille. "Rafael, Derniers Jours" narre - comme la traduction française du titre original "The Brave" l'indique clairement - les faits et gestes du condamné durant le bref laps de temps qui le sépare de sa mort. Suit une succession de saynètes décrivant la vie d'une communauté de marginaux pour qui l'expression "no future" semble vraiment avoir un sens.

Cela pourrait être insupportable, ça l'est dans une certaine mesure d'ailleurs, mais c'est aussi, surtout, bien plus que ça : joyeux, émouvant, parfois poignant. La grande force de ce très bref roman, c'est qu'il parvient à survivre, à transcender même son argument de base choquant et malsain grâce à une empathie et une tendresse qui donnent envie d'aimer ces personnages. Bien entendu, on ne ressort ni indemne ni gai de cette plongée dans un marais de misère (l'univers bidonvillesque de Morgantown, où les habitants, tous illettrés et alcooliques, tentent de gagner leur pitance en revendant tant bien que mal des objets extirpés de la décharge avoisinante). Le choix de Rafael lui permet cependant d'apporter un bonheur inhabituel à ses proches, de s'imprégner de l'amour qu'il éprouve pour sa famille boîteuse, de prendre conscience de la misère de sa vie, de la vie de ceux qui l'entourent, de bâtir des projets d'avenir en échappant à l'angoisse de les voir s'effondrer.

L'écriture de McDonald est sèche, sans beaucoup de fioritures ni de description, et s'appuie principalement sur des dialogues pour décrire les personnages et leurs relations. C'est cette sobriété qui permet au livre d'échapper au pathos, au voyeurisme glauque. Mémorable, pas moins.

22 décembre 2009

Le Top Du Blogueur

J'adore les classements. Je devrais d'ailleurs m'inquiéter de ce goût pour la hiérarchisation, pour l'ordonnancement de disques qui n'ont rien à voir les uns avec les autres. En attendant ma psychanalyse, je livre céans les albums que je pense retenir de cette année. Je commencerais par signaler en exergue que pour la première fois depuis longtemps j’ai rencontré en 2009 quelques difficultés à trouver une dizaine de disques m’ayant vraiment enthousiasmé. L'année fut-elle pauvre ? Ou bien ai-je inconsciemment préféré écouter de vieux disques plutôt que des nouveautés cette année ? Je serais très intéressé par vos réactions et vos avis à ce sujet.

The Pains Of Being Pure At Heart - s/t : j’ai abordé ce disque partout acclamé avec un certain scepticisme, voyant de loin la baudruche arty s’approcher. Finalement, cet album frais, concis, léger a triomphé de mes doutes et a contaminé ma platine et mon baladeur toute l'année. Il y a vraiment tout ce que j’aime dans ce disque. Autant en faire mon album de l’année. J'ai déjà entendu ça mille fois, forcément (rien qu'en cumulant mes écoutes de "Loveless" ou "Psychocandy" par exemple), mais cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu cela comme ça, des chansons bien écrites et balancées sans complexes, à grand renfort de guitares bruitistes et de voix diaphanes. Qu'importent la modernité et l'air du temps, ici la spontanéité est reine. Voilà qui fait un bien fou.


Dominique A - La Musique : si je mentionne "La Musique", c’est au moins autant pour le disque, impeccable, que pour le concert de novembre dernier au Casino de Paris. Dominique A sur scène, c’est toujours un choc ; on a beau s'y attendre, sa présence, son intelligence, sa maîtrise et son honnêteté fondamentale emportent tout sur leur passage. Le concert magnifie de façon spectaculaire des chansons déjà excellentes. Depuis "L'Horizon", j'arrive enfin à trouver que les albums de Dominique A rendent justice à son talent ; "La Musique" le confirme avec brio. Et pour ma part, je méditerai longtemps, pour des raisons qui me sont propres, sur Hasta Que El Cuerpo Aguante et ses paroles mémorables.


The XX - s/t : un autre poids lourd de l'année. Leur premier album est une vraie réussite, leur style minimaliste me parle. Je ne peux que me réjouir de voir un tel groupe rencontrer un succès aussi massif (au moins sur le plan critique). Quant à se prosterner aveuglément face à The XX, il y a un pas que je me refuse à franchir. Voici assurément l'un des meilleurs albums de l'année mais encore une fois, quelque chose me dit que l'on a plus à faire à un défaut de combattants. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. The XX : borgnes de l'année ?


Danger Mouse & Sparklehorse - Dark Night Of The Soul : Classe, élégance, intelligence. "Dark Night Of The Soul" rassemble toutes les qualités, pour tout dire c'en serait même suspect. Dieu merci, l'album survit à ses promesses ou presque. On ne s'ennuie que très peu (un exploit dans un tel album collaboratif) et les meilleures chansons sont tout simplement des chefs-d'oeuvre. This Mortal Coil est encore très loin, mais cette tentative kamikaze dépasse largement l'anecdote.

Future Of The Left - Travels With Myself And Another : j'ai déjà parlé de ce brulot sur Indiepoprock.net, je vous invite à relire ma chronique, je n'en ai pas honte.

Phoenix - Wolfgang Amadeus Phoenix : Si l'on excepte quelques incursions plus étranges qui ne masquent qu'imparfaitement la totale uniformité de l'ensemble, le dernier album de Phoenix nous propose dix fois la même chanson. Qu'importe : cette chanson quasi-unique, ce titre pop merveilleusement écrit, arrangé, tout en efficacité et en élégance, on a envie de l'écouter cent fois, mille fois. 1901 fois pour tout dire...

Passion Pit - Manners : L'album pute de l'année. Une succession de tubes décomplexés, qui visent simplement à provoquer l'euphorie et y parviennent parfaitement. Il n'est pas dit que je me souvienne longtemps de "Manners", mais son évanescence hédoniste a vraiment égayé mon année.

P.O.S. - Never Better : rageur, oppressant, sombre, violent. Quand le hip-hop rencontre intelligemment le rock, ça donne "Never Better". Ca frappe fort et juste, comme souvent chez Rhymesayers.

School Of Seven Bells - Alpinisms : Cet album reste pour moi une superbe curiosité. Il n'est pas passionnant de bout en bout et recèle plusieurs temps morts, mais lorsque la formule fonctionne et en particulier au cours d'une première moitié d'album de très haute volée, "Alpinisms" stupéfie, rassemblant des dizaines d'influences complètement antinomiques avec un naturel confondant. Des voix divines s'entremêlant face à un mur de guitares saturées, le tout chevauchant des rythmes qu'on pourrait croire pondus par Leftfield : je n'en avais pas forcément rêvé mais depuis que School Of Seven Bells l'a fait, je me dis que j'aurais dû.

En marge de ce palmarès subjectif, je m’interroge sur la domination écrasante de certains groupes dans l’ensemble des classements 2009. "Merriweather Post Pavillion d’Animal Collective", en particulier, phagocyte tous les suffrages : c’est pour moi une véritable source d’incompréhension, malgré de multiples tentatives je ne parviens toujours pas à écouter cet album de bout en bout...

Pour être exhaustif je me dois de mentionner une découverte tardive que je dois aux tops de mes amis indiepopeux : "Post-Nothing" des Japandroids ressemble fort à une merveille. Je ne l'ai pas encore assez écouté pour donner ici un avis définitif mais cet album distille un goût de reviens-y bien enivrant... A suivre !

18 décembre 2009

Un match, une chanson #5 - Dominique A : Le Courage Des Oiseaux (PSG - Lens : 1-1)

C'est quand vient l'hiver que l'on se sent vraiment supporter... Ca peut paraître risible mais devoir, en pleine semaine, enfiler trois épaisseurs de pulls, deux paires de chaussettes, sortir gants et bonnet pour aller voir son équipe jouer face à un promu un match sans réel enjeu qui lui permettra au mieux de s'incruster aux places de milieu de tableau, cela nécessite du courage, du moins de la motivation. Dès le début, cette soirée a oscillé entre excitation et abnégation. Et l'on n'imagine jamais très bien qu'une histoire puisse finir si mal (égalisation de Lens) quand elle a commencé si bien (ouverture du score bien chanceuse par Makélélé). Parfois, Dieu sait ce qui passe dans la tête de Sakho, défenseur aux sautes de concentration toujours aussi dévastatrices. Peut-être finirons-nous par nous lasser...

Si j'ai choisi pour illustrer ce triste match le célèbre Courage des Oiseaux de Dominique A, c'est également pour le dédicacer un brin ironiquement aux supporters, qui eux aussi chantent dans le vent glacé. Au final, ce que l'on retient d'une soirée comme celle-ci, c'est bien plus l'ambiance toujours spectaculaire du Parc, même à l'orée de l'hiver. La tribune oscille en fait entre le courage des oiseaux et celui des oiseux - le courage de beugler des noms d'oiseaux ? Drôles de volatiles en vérité que ces supporters beuglant "Ho Hisse, enculé" à chaque dégagement de Runje (un ex-Marseillais...). Mais ce que je crois commencer à comprendre, c'est que le rôle de la tribune n'est pas d'être juste, d'être fair-play, d'être mesurée, ni même tolérante. Son rôle c'est d'être là, aussi bruyamment que possible.