8 août 2009

Foo Fighters - Exhausted

Rideau temporaire pour quelques vacances... Lecteur, quittons-nous sur une chanson dont le titre en dira long sur mon état : Exhausted des Foo Fighters.

Je n'ai jamais suivi de très près la carrière des Foo Fighters après leur premier album, mais je me souviens encore de l'effervescence qui avait accompagné la sortie de celui-ci, et du premier concert des Foo Fighters dans un Bataclan surchauffé, avec, si ma mémoire est bonne, Built To Spill en première partie.

Cet album s'apparente plus à un album solo de Dave Grohl, qui l'a composé et enregistré seul ou presque. C'est peut-être ce côté "Do It Yourself", très punk, qui donne au disque une fragilité, une élégance que je n'ai pas retrouvé dans les albums suivants de Foo Fighters devenus groupe. Je retiens avant tout le dernier morceau de cet album. Exhausted (épuisé) porte magnifiquement son nom, je pense sentir ici s'épancher toute la tristesse, toute la fatigue de Grohl après la fin de Nirvana. Un exutoire désarmant de sincérité et de fragilité, précédant un cycle bien plus apaisé avec les Foo Fighters, qui vont devenir une usine à tubes power-pop lisses, de qualité mais sans grande personnalité.

La légende veut que Grohl ait proposé Exhausted à Cobain, qui appréciait la mélodie mais aurait préféré y apposer ses propres paroles. Je n'ai certainement pas à juger ce que Cobain aurait dû faire ou ne pas faire, surtout pas moi, mais c'est mieux ainsi. Dave Grohl méritait de garder cette chanson.


5 août 2009

Alias - Saison 5

"Alias", archétype de la série moins débile qu'elle n'en a l'air... Bien avant de jouer avec "Cloverfield" la carte de la duplicité ultime entre spectacle frénétique et mise en abyme intello, JJ Abrams a créé avec cette saga un premier hybride fascinant, compression "à la César" de Mata-Hari, Indiana Jones, Freud, Tomb Raider et Françoise Dolto. Il m'a fallu une bonne saison avant de tomber dans les rets d'"Alias", avant de me passionner pour le destin de cette espionne à l'entourage sévèrement secoué, le temps de me familiariser avec cette atmosphère particulière, entre cartoon et psychodrame familial. Evidemment, lorsqu'on a suivi toutes les péripéties (j'ai bien dit "suivi" et non "compris" ou "retenu") des quatre premiers volets de la série, on en attend avec une certaine fébrilité le dénouement...

Cette dernière saison d'Alias est à elle seule un concentré de paradoxes : comment conclure de façon aussi digne que possible une série dont, justement, la fin est dictée par des chutes d'audience ? Comment continuer à captiver le spectateur quand l'argument principal du spectacle devient accessoire ? L'énorme, au sens propre, surprise du début de saison est en en effet de découvrir la grossesse de Sydney Bristow (et par là même celle de Jennifer Garner). Une situation qui n'est pas sans conséquence sur le déroulement des épisodes, un des ressorts principaux de la série étant de s'appuyer sur les diverses qualités de la demoiselle, qualités athlétiques pour les cascades, anatomiques pour les scènes à déguisements ou tenues hautement improbables. Qu'il est déstabilisant de voir cet être que l'on croyait invincible, cybernétique, ramené à la condition de simple humain par la plus commune des raisons. Sydney Bristow, jadis walkyrie virevoltante, traîne péniblement sa misère, le visage bouffi, l'air ailleurs, nage dans ses nippes de femme enceinte. Avoir échappé à ce que la Terre compte de tueurs sanguinaires et impitoyables pour se voir terrassée par son propre foetus : bordel, c'est quoi ce message ?!

Etrangement, pour la première fois peut-être depuis le début de la série, j'ai pris le temps de regarder la série avec plus de recul, d'analyser les expédients mis en oeuvre par des scénaristes et des producteurs que l'on devine marris. Introduction de nouveaux personnages, mise en place de nouveaux dispositifs narratifs (avec Sydney qui devient le mentor d'une nouvelle espionne débutante), recours encore accru à des coups de théâtre totalement démentiels : tout y passe. Déterminant sine qua non de la série, le quota "bombasses" reste atteint grâce à l'arrivée de personnages hautement photogéniques (la blonde Rachel Nichols, parfaite en oie blanche, Amy Acker, jolie vilaine et Elodie Bouchez, plus discutable en espionne chevronnée). L'honneur est sauf, mais cela ne suffit pas totalement à maintenir la tension sur le début de saison, qui pâtit énormément de la situation particulière de son héroïne, et qui pédale donc allègrement dans la semoule. Pour le reste, business as usual, on marche mais presque à contrecoeur (-"Ah mais attends, tu es une espionne tueuse mondialement recherchée" -"Oui mais en fait je veux t'aider car je suis gentille" -"Ah bon OK alors").

La seconde partie de la saison, beaucoup plus enlevée, est évidemment marquée par l'accouchement de Sydney Bristow, et par le retour aux affaires d'une Jennifer Garner encore empruntée, mais infiniment plus efficace et charismatique que ses faire-valoir. L'épisode qui marque ce grand retour est le meilleur de la saison, percutant, bien écrit, drôle et haletant. Les épisodes suivants gardent le rythme pour un finale surchargé, excessif mais assez stimulant.

Le spectacle culmine logiquement lors d'un ultime épisode qui symbolise à lui seul les qualités et les défauts de la série : une action frénétique et invraisemblable, jamais dénuée d'humour, et un scénario qui ne recule jamais devant une incohérence pour garantir la persistance du suspens et de la tension. En orchestrant le retour (et le destin) de tous les personnages majeurs de la saga, le dernier épisode brasse allègrement les thématiques principales sur lesquelles elle s'est construite, pour un résultat déconcertant.

Assez loin des standards définis par les saisons 2 et 3, largement les meilleures de la série, cette dernière saison clôt "Alias" sur un sentiment mi-figue mi-raisin : encore une fois, j'ai dévoré les épisodes les uns après les autres sans le moindre ennui... mais sans non plus sentir la profondeur de champ qui pouvait donner leur ampleur aux moments les plus marquants de la saga. L'essoufflement déjà sensible lors de la saison 4 devient plus incontestable, et la vérité ultime d'"Alias" se fait alors jour : c'était vraiment bien, mais il faut passer à autre chose maintenant...

30 juillet 2009

Vinyle #4 - The Ramones - Road To Ruin

L'instinct est un bien étrange ami. Lorsque j'ai mis la main sur ce disque à la pochette fatiguée, marquée par les années et encore ornée du sigle "Best Buy Series", j'ai su que ce choix était juste. Que cette drôle de galette noire, cherchant à échapper à son destin bidimensionnel par des courbures presque comiques, était le vecteur idéal pour la musique des Ramones. Devinez quoi ? L'instinct ne m'avait pas trompé.

Pendant longtemps, les Ramones n'ont été pour moi qu'une fiction, un nom récurrent dans les colonnes de Rock'n'Folk, un vocable systématiquement suivi d'onomatopées au ridicule consommé, symbolique d'une figure tutélaire à la fois vénérée et raillée. Un Cthulhu du punk. L'équivalent musical du Coyote à la poursuite de Bip-Bip. J'ai été déçu lorsque par le biais de CD ou de fichiers numériques de provenances diversement légales, j'ai enfin ajouté, avec un enthousiasme modéré mais poussé par la rigueur compulsive de l'exégète, les Ramones à ma culture musicale. Ce qui paraissait d'une rapidité frénétique à l'époque semble presque plan-plan trente ans après.

C'est le mirobolant "Please Kill Me" qui m'a permis de comprendre à quel point les Ramones valaient mieux que cette image tenace d'amuseurs publics, de crétins juste bons à amuser la galerie. Les Ramones étaient aussi, et surtout, une sublime bande d'écorchés vifs, préférant masquer leur inadaptation profonde au monde de la fin des années 70 sous le masque d'une inanité presque conceptuelle et s'ils ont choisi d'adopter collectivement le même patronyme fictif, c'est bien plus le signe d'une solidarité entre âmes endommagées que la volonté d'asseoir une imagerie de cartoon.

Stupides, les Ramones ? Certainement pas, ou assurément moins que l'on ne veut bien l'imaginer. Trente ans après, et alors que la moitié des membres originels du groupe ont déjà cassé leur pipe, leurs premiers disques tiennent encore bien la route. Paradoxe : les Ramones ont créé le rock binaire ultime, et pourtant leur musique refuse obstinément d'être résumée par une succession de 0 et de 1. Le vinyle craque, sature, saute parfois, bref vit, palpite : soudain ces chansons (enfin, cette chanson répétée 12 fois) s'animent, échappent au carcan numérique, et tout semble prendre sa place, à l'unisson de ces musiciens si approximatifs qu'ils parviennent à ériger la maladresse en religion. Qu'importe si la musique se répète à l'infini : au gré des rayures du disque, le parcours change à chaque écoute, cadavre exquis de suites d'accords si simplifiées qu'elles deviennent les briques interchangeables d'un Lego sonore.

Alors, enfin, les Ramones apparaissent-ils dans toute leur grandeur dérisoire, ou leur dérisoire grandeur, alors le talent atypique de parolier de Joey Ramone, concis et potache, prend-il son essor, bien moins comique qu'il n'y paraît tant il exsude le désarroi et la frustration...

"Hanging out of Second Avenue
Eating chicken vindaloo
I just want to be with you
I just want to have something to do tonight"

Je m'autorise à croire que lorsqu'il a écrit ces lignes, à l'instinct, forcément à l'instinct, Joey Ramone a tout de suite senti que ces paroles étaient justes.

26 juillet 2009

Nick Hornby - Slam

"Slam" ou "Le Petit Nicolas fait un bébé"... Les romans de Nick Hornby, depuis plusieurs années, se bornent à confirmer ce que l'on pressentait confusément : l'Anglais avait épuisé en deux livres ("Carton Jaune" et "Haute Fidélité") les seuls sujets sur lesquels il avait vraiment des choses à dire, le football et la musique. Depuis, il cherche à traiter de problèmes moins apparemment triviaux : l'amour en général, le devenir de l'amour dans la famille en particulier. Nobles thèmes en vérité, mais qui dans la pratique se prêtent mal au traitement "hornbyen" qui est, précisément, une écriture de la légèreté. Le charme des meilleurs livres de Hornby naît de l'habileté de ce dernier à faire comprendre au lecteur, par allusions, par ellipses ou au besoin à grands renforts d'humour, des choses plus profondes qu'il n'y paraît. C'est délicieux, aussi léger qu'une bulle de champagne, mais sans prôner le pathos et la démesure, je pense qu'à tout traiter sur le même mode détaché, on finit par ne plus creuser beaucoup plus profond que la surface.

"Slam" narre les mésaventures de Sam, 15 ans et fan de skate, dont la vie bascule lorsque sa petite amie Alicia lui annonce qu'elle est enceinte et qu'elle compte (évidemment) garder l'enfant. Outre les problèmes pratiques évidents, "Slam" se développe via les relations des deux enfants avec leurs parents (Sam et sa mère de 32 ans, Alicia et ses parents confits de certitudes), ce qui lui permet de gagner en épaisseur et en cocasserie. Pour le reste (et sur un sujet, je l'avoue, qui me touche plus d'autres), les pérégrinations de Sam paraissent bien bénignes, et le bouleversement absolu que devrait représenter l'arrivée de l'enfant chez cet étrange petit couple s'apparente à une péripétie bénigne du quotidien. Il n'est que de voir à quel point Hornby semble engoncé lorsqu'il lui faut aborder des événements qui s'éloignent de sa conception lissée de la narration : le sexe en est probablement le meilleur exemple. Alors que "Slam" est, fondamentalement, bâti autour de la question du sexe chez de jeunes adolescents, la chose proprement dite est évacuée en quelques phrases mal assurées qui sont censées représenter la pudeur et le malaise de Sam, mais dont on ne perçoit que trop bien à quel point elles reflètent l'angoisse de l'auteur à s'attaquer à ces difficultés.

On pressentait déjà cette limite dès "Carton Jaune" : à intellectualiser sa passion, Hornby en idéalisait certains aspects, et à lire "Football Factory", de John King, beaucoup plus rustre et physique, on comprenait que certains sujets ne sont pas faits pour être toujours pris avec des pincettes. Au final, ce qui sauve "Slam", comme les précédents romans de Hornby, c'est la plume toujours alerte de l'auteur, jamais avare d'une bonne formule, d'une remarque qui fait mouche. Je ne vais pas cracher dans la soupe : "Slam" se lit vite, sans aucun ennui, la lecture distrait souvent, émeut même parfois. Ce n'est donc pas, loin s'en faut, un mauvais livre, mais simplement un bon moment vite oublié, sur un sujet pas si anodin que cela, et qui aurait sans doute mérité mieux.

18 juillet 2009

Ryskee - Leave Me Amor

A nouveau, une unique chanson (deviens-je gâteux au point de ne plus être à même de chroniquer des albums ?) pour ce billet. Notons cependant que Leave Me Amor de Ryskee est proposé sur les plates formes de téléchargement légal sous la forme d'un ensemble de 14 mixes différents. C'est un rien exagéré. Certains sont tout à fait écoutables (Bloody Beetroots, SPA ou l'étrange reprise acoustique de Yann Destal), mais je m'arrêterai surtout sur l'incroyable "Play Paul remix", qui donne à la chanson toute sa mesure. Sous les mains de son créateur (puisque Ryskee est un nom d'emprunt pour le nouveau projet dudit Play Paul), Leave Me Amor est LA pépite douce-amère de l'été : son électronique eighties sous haute influence New Order, refrain "plus accrocheur tu meurs", mélodie encore plus addictive que le Toblerone... Je ne vais pas en écrire des pages, mais ça passe en boucle sur mon baladeur, c'est kitsch et pourtant élégant, gai et triste à la fois, bref c'est bien.


17 juillet 2009

Dr House - Saison 1

Il serait exagéré de me positionner en exégète d'une série quelle qu'elle soit ; le nombre incroyable de séries marquantes parues ces dernières années est tel que s'y retrouver vraiment nécessite une activité de visionnage à plein temps ou presque. Moyennant quoi je m'en tiens, avec un succès variable, à quelques fleurons identifiés du genre. Parmi les derniers en date, le feuilleton qui fait les choux gras des soirées de TF1 : "Dr House". J'avoue avoir attaqué cette première saison avec un a priori suspicieux. A priori injustifié, certainement, car sans faire de Gregory House un personnage aussi marquant que Dale Cooper ou Nate Fisher, cette entrée en matière est d'un bon niveau.

La bonne idée de "Dr House" est de se démarquer très rapidement d'"Urgences", le fleuron inégalable du genre hospitalo-frénétique, et de placer ses protagonistes dans un obscur service de diagnostic dont l'activité est, par nature, sporadique et limitée. Le suspense et la tension ne viennent donc pas de l'avalanche de cas différents et de points de vue multiples sur un hopital / ruche, mais de l'énigme quasi-policière posée aux médecins par les symptômes atypiques proposés au service de diagnostic.

La formule "un épisode / un cas" fait merveille en début de saison, puis commence à patiner, on comprend vite que la série ne pourra pas reposer durablement sur cette recette. Visiblement les scénaristes également, puisqu'ils introduisent progressivement, et avec plus ou moins d'habileté, différents expédients classiques destinés à pimenter chaque épisode : le corps étranger (un suspicieux mécène qui prend la possession de l'hôpital), des histoires de coeur et des intrigues personnelles qui permettent de développer aussi bien le héros lunatique de la série que ses faire-valoir qui gagnent en épaisseur. C'est ainsi que l'on s'attache peu à peu à Gregory House, l'improbable médecin surdoué et misanthrope, arrogant et charismatique, qui mène à la baguette l'insignifiant petit monde qui gravite autour de lui... et c'est surtout ainsi que l'on gobe assez allègrement les spectaculaires énormités qui parsèment la série : postulat de départ invraisemblable, cas tordus à répétition, péripéties parfois repérables à 15 km de distance...

La première saison de "Dr House" n'est pas inoubliable, certaines faiblesses et grosses ficelles un poil trop voyantes sont à regretter. Mais l'originalité du concept et le charisme du héros, alliés à des dialogues très bien écrits, permettent de s'attaquer à la deuxième saison avec impatience. Differential diagnosis, people !

14 juillet 2009

Moby - Mistake

Une seule chanson pour ce bref billet - je ne suis pas encore tout à fait certain de trouver l'énergie de chroniquer "Wait For Me", le dernier et assez estimable album de Moby, sur Indiepoprock. Mistake, deuxième single tiré de l'album, en est probablement le chef-d'oeuvre.

Moby a toujours été insaisissable, difficile à cerner, tour à tour stupéfiant et ridicule, sympathique et détestable. On lui sait gré d'avoir lui-même défini avec "Play" les standards d'une certaine vision de la musique électronique, et dans le même temps on le déteste pour avoir fait tourner cette formule à la parodie, et engendré quelques pénibles rejetons... Je ne suis pas certain que Mistake aide réellement mieux à comprendre l'énigme Moby, mais cette chanson permet de se souvenir qu'on n'a pas toujours eu tort de l'aimer.

Mistake est un titre terrassant d'élégance, sa mélodie, simple et directe, va droit au coeur alors même que le cerveau enregistre la finesse d'une structure qui s'appuie sur un décalage entre les changements d'accord et les phrases chantées doucement par Moby lui-même, sur des intonations très inspirées par Matt Berninger, le charismatique leader de The National. Quant aux paroles, à la fois absconses et universelles, elles ne peuvent que faire mouche - qui ne voudrait pas faire sienne une phrase comme "Don't let me make the same mistake again" ? Une chanson à la fois taillée pour le succès et plus exigeante qu'il n'y paraît : on peut toujours passer à côté ou se la passer en boucle, personnellement j'ai fait mon choix.

Enfin, même lorsqu'il interprète à la télévision française une version assez médiocre de cette splendeur hiératique, Moby porte un T-Shirt des Stooges. Il lui sera ainsi beaucoup pardonné.


13 juillet 2009

Douglas Coupland - Eleanor Rigby

Je n'avais jamais lu aucun livre de Douglas Coupland. Plus précisément, j'avais entamé "Generation X" en version anglaise, et avais abandonné au bout de quelques pages, rebuté par la difficulté que je rencontrais à comprendre ce que je déchiffrais... Un obstacle bien étrange car à la lecture d'"Eleanor Rigby" (en français, certes) et de ses phrases toutes simples, l'alternative est simple : soit les deux livres n'ont rien à voir, soit mon anglais n'est plus vraiment ce que j'aimerais qu'il soit encore.

Ceci, toutefois, est relativement anecdotique. Ce qui importe en revanche, c'est que j'aie pris du plaisir à lire "Eleanor Rigby". Voici un livre bref, au rythme alerte, qui se dévore d'une traite ou presque et qui se paie même le luxe de tirer une petite larme d'émotion dans ses dernières pages. Nous voici ainsi conviés à découvrir l'histoire de la vie de Liz Dunn, femme terne et sans intérêt, de son propre aveu parfaitement transparente, une vie aux péripéties sans réel rapport avec l'apparence lisse de cette héroïne rondelette. Le paradoxe d'"Eleanor Rigby" devient alors patent : comment adhérer véritablement à la translucidité absolue de son personnage principal (qui est pourtant le fait générateur du récit) alors que s'alignent au cours des chapitres des rebondissements aussi ahurissants les uns que les autres ? Je n'ai pas de réponse, mais "Eleanor Rigby" n'aurait certainement pas été aussi divertissant sans ces révélations à répétition... L'éloge de l'insignifiance tourne court.

Deux choses, tout de même, m'interpellent : j'avais cru comprendre, à lire plusieurs articles, que Coupland était assez largement considéré comme un auteur majeur de ces dernières années. N'ayant pas lu ses autres ouvrages, je ne peux livrer un avis valable sur la question, mais en dépit de ses très nombreuses qualités, "Eleanor Rigby" demeure un roman mineur, aussi agréable et distrayant que finalement superficiel. Quant au propos sous-jacent, il paraît bien léger, voire cucul-la-praline : s'agit-il de démontrer que même les personnes les plus insignifiantes en apparence peuvent avoir des secrets, une vie plus riche qu'il n'y paraîtrait de prime abord ? Ou bien faut-il le voir comme un abaissement du lecteur, qui, n'ayant pas vécu le dixième des aventures Liz Dunn, en serait réduit à la conclusion qu'il est en réalité encore plus transparent que cette vieille fille censée incarner le dérisoire ?


("Eleanor Rigby" est disponible chez 10-18 en format de poche, grâce soit rendue à Marie-Laure pour m'en avoir offert un exemplaire !)

6 juillet 2009

Joey Goebel - The Anomalies / Torturez l'Artiste !

Joey Goebel n'a pas marqué l'histoire de la musique ; sa biographie évoque pourtant des participations à des groupes aussi vitaux que The Mullets (?) et Novembrists (?!). Nul doute que ces expérience, pour peu rémunératrices qu'elle aient été, nourrissent aujourd'hui son oeuvre de romancier. Ses deux premiers romans, "The Anomalies" et "Torturez L'Artiste !" ont été publiés il y a peu en France.

Dans "The Anomalies", Goebel narre les péripéties improbables vécues par un groupe composé de personnages tout aussi improbables (une mamie obsédée et une gamine de 7 ans, un Irakien, un démiurge marginal...). Bref et percutant, "The Anomalies" se lit sans déplaisir, mais ses parti-pris invraisemblables en sapent quelque peu l'effet. A force de rechercher l'originalité et le décalage à tout prix, Goebel oublie un peu le lecteur en cours de route. Ce qui peut s'avérer réciproque.

On retrouve également cette quête effrénée de marginalité dans la fable "Torturez l'Artiste !", qui nous narre les tribulations d'un agent artistique pas tout à fait comme les autres. Embauché par une mystérieuse corporation, il se voit contraint de prendre sous son aile un enfant au talent particulièrement prometteur. Partant du principe qu'un artiste malheureux produira ses oeuvres les plus essentielles, son travail consistera à s'assurer que son poulain soit systématiquement voué au malheur, et qu'ainsi il produira des oeuvres d'art exceptionnelles. Mieux écrit, beaucoup plus ambitieux que le finalement très préado "Anomalies", plus vicieux également, "Torturez l'Artiste !" se lit d'une traite, avec un plaisir non feint. Toutefois on reste à quelques longueurs de l'adhésion totale, en particulier à cause de cet aspect volontairement irréel.

Goebel a une plume, un ton et c'est déjà beaucoup. Il lui reste à trouver un équilibre ; pour l'instant, il séduit par son originalité et pêche à force de l'afficher comme une bannière gigantesque. C'est vrai que c'est compliqué, finalement, un lecteur...

3 juillet 2009

Procrastination

Le délai séparant mes interventions céans va croissant, c'était à prévoir. Je reste désespérément incompatible avec une activité récurrente et régulière. Paresse ? Caractère velléitaire ? Emploi du temps trop chargé ? Probablement un peu tout en même temps à vrai dire. Sur le long terme je finis toujours par être assez crédible. En attendant, les brouillons s'accumulent sur ce blog, mais patience, demain je m'y remets, c'est promis... D'ici là j'ai une petite croisade à lancer contre les masticateurs de chewing-gum.