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15 novembre 2009

Dexter - Saison 1

Attention : ce billet n'a pas pour vocation de garder intact le suspens entretenu tout au long de cette première saison de Dexter. Il est préférable d'avoir vu les épisodes en question avant de le lire, même si je ne pense pas révéler grand-chose...

Arrivée en France à grand renfort de publicités pour chaînes payantes, "Dexter" a fait office, après "Lost" ou "Desperate Housewives", de fer de lance d'une certaine catégorie de séries américaines, marquées par un budget conséquent et par une idée de départ marquante. Je ne m'étendrai pas sur le pitch de la série, tout le monde le connaît (les tribulations d'un tueur en série évoluant au jour le jour sous les traits avenants d'un expert en médecine légale au sein de la police de Miami). "Dexter" tient-il toutes ses promesses ? En très grande partie, la réponse est oui ; je n'ai pas eu le loisir de suivre un grand nombre des séries ayant vu le jour ces dernières années, mais je comprends sans peine que l'on puisse considérer "Dexter" comme un spectacle marquant.

La première évidence, c'est d'abord le soin apporté à l'ensemble : scénario bien tenu, écriture au cordeau et dialogues volontiers porteurs d'un humour cynique des plus savoureux, mise en scène et photographie léchées... Rien ne semble laissé au hasard et mises à part quelques légères baisses de tension ou facilités scénaristiques, le plaisir légèrement pervers que l'on prend à suivre cet être incroyable ne faiblit pas. Les personnages principaux sont tous parfaitement pensés et l'une des grandes réussites de cette saison réside justement dans la crédibilité de ces personnages : on aime à les suivre dans certaines péripéties qui semblent anodines mais qui aident à mieux les comprendre, à mieux les saisir. Ca n'a l'air de rien, mais cette cohérence est une chose rare : le comportement des protagonistes paraît toujours fidèle à leur caractère et l'on n'a jamais le sentiment d'un "syndrôme Kim Bauer" (allusion à un célèbre personnage de "24h" au comportement régulièrement inexplicable et/ou stupéfiant de connerie, ce qui, on le comprend rapidement, n'est qu'un recours facile pour les scénaristes afin de créer de la tension lors d'une crise d'inspiration). C'est aussi pour cela que l'on marche aussi volontiers et que l'on se passionne pour les rebondissements d'une intrigue principale qui s'avère finalement assez classique.

La très bonne idée de la série est aussi de faire appel à Michael C. Hall (l'inoubliable David Fisher de "Six Feet Under") pour incarner le monstrueux personnage central. Sa voix, en particulier, se prête admirablement à l'utilisation schizophrène qui en est faite : légèrement naïve et pleine d'accents attentionnés côté pile, cynique, atone, froide côté face. Son interprétation, dans la lancée de ses performances de "Six Feet Under", est magistrale. Tous les acteurs sont d'ailleurs impeccables, en particulier Jennifer Carpenter en grande bringue godiche et peu sûre d'elle et Julie Benz en femme-victime toujours ingénue malgré les épreuves qu'elle a traversées.

Cette première saison s'achève pourtant sur un étrange sentiment : le dénouement, presque trop riche en rebondissements et en révélations, se raccorde assez mal avec le reste de la série qui atteint ses meilleurs moments dans la description des instants quotidiens d'une galerie de personnages extraordinaires plutôt que lorsqu'elle cherche à faire le spectacle. Non que celui-ci soit mal conçu, le suspens bien huilé fonctionne parfaitement ; simplement l'utilisation de ressorts classiques de narration amoindrit quelque peu la force d'une série dont la grande idée est justement de bâtir un univers "inversé". Je m'imagine cependant que les créateurs de la série ont aussi dû tenir compte de certaines contraintes dans la conception de leur intrigue, et refuser le suspens traditionnel aurait probablement relevé d'une démarche commercialement suicidaire...

Cette petite réserve mis à part, la première saison "Dexter" est renversante, en tous points exceptionnelle. C'est donc bien naturellement que je me ruerai sur la saison 2 !

5 août 2009

Alias - Saison 5

"Alias", archétype de la série moins débile qu'elle n'en a l'air... Bien avant de jouer avec "Cloverfield" la carte de la duplicité ultime entre spectacle frénétique et mise en abyme intello, JJ Abrams a créé avec cette saga un premier hybride fascinant, compression "à la César" de Mata-Hari, Indiana Jones, Freud, Tomb Raider et Françoise Dolto. Il m'a fallu une bonne saison avant de tomber dans les rets d'"Alias", avant de me passionner pour le destin de cette espionne à l'entourage sévèrement secoué, le temps de me familiariser avec cette atmosphère particulière, entre cartoon et psychodrame familial. Evidemment, lorsqu'on a suivi toutes les péripéties (j'ai bien dit "suivi" et non "compris" ou "retenu") des quatre premiers volets de la série, on en attend avec une certaine fébrilité le dénouement...

Cette dernière saison d'Alias est à elle seule un concentré de paradoxes : comment conclure de façon aussi digne que possible une série dont, justement, la fin est dictée par des chutes d'audience ? Comment continuer à captiver le spectateur quand l'argument principal du spectacle devient accessoire ? L'énorme, au sens propre, surprise du début de saison est en en effet de découvrir la grossesse de Sydney Bristow (et par là même celle de Jennifer Garner). Une situation qui n'est pas sans conséquence sur le déroulement des épisodes, un des ressorts principaux de la série étant de s'appuyer sur les diverses qualités de la demoiselle, qualités athlétiques pour les cascades, anatomiques pour les scènes à déguisements ou tenues hautement improbables. Qu'il est déstabilisant de voir cet être que l'on croyait invincible, cybernétique, ramené à la condition de simple humain par la plus commune des raisons. Sydney Bristow, jadis walkyrie virevoltante, traîne péniblement sa misère, le visage bouffi, l'air ailleurs, nage dans ses nippes de femme enceinte. Avoir échappé à ce que la Terre compte de tueurs sanguinaires et impitoyables pour se voir terrassée par son propre foetus : bordel, c'est quoi ce message ?!

Etrangement, pour la première fois peut-être depuis le début de la série, j'ai pris le temps de regarder la série avec plus de recul, d'analyser les expédients mis en oeuvre par des scénaristes et des producteurs que l'on devine marris. Introduction de nouveaux personnages, mise en place de nouveaux dispositifs narratifs (avec Sydney qui devient le mentor d'une nouvelle espionne débutante), recours encore accru à des coups de théâtre totalement démentiels : tout y passe. Déterminant sine qua non de la série, le quota "bombasses" reste atteint grâce à l'arrivée de personnages hautement photogéniques (la blonde Rachel Nichols, parfaite en oie blanche, Amy Acker, jolie vilaine et Elodie Bouchez, plus discutable en espionne chevronnée). L'honneur est sauf, mais cela ne suffit pas totalement à maintenir la tension sur le début de saison, qui pâtit énormément de la situation particulière de son héroïne, et qui pédale donc allègrement dans la semoule. Pour le reste, business as usual, on marche mais presque à contrecoeur (-"Ah mais attends, tu es une espionne tueuse mondialement recherchée" -"Oui mais en fait je veux t'aider car je suis gentille" -"Ah bon OK alors").

La seconde partie de la saison, beaucoup plus enlevée, est évidemment marquée par l'accouchement de Sydney Bristow, et par le retour aux affaires d'une Jennifer Garner encore empruntée, mais infiniment plus efficace et charismatique que ses faire-valoir. L'épisode qui marque ce grand retour est le meilleur de la saison, percutant, bien écrit, drôle et haletant. Les épisodes suivants gardent le rythme pour un finale surchargé, excessif mais assez stimulant.

Le spectacle culmine logiquement lors d'un ultime épisode qui symbolise à lui seul les qualités et les défauts de la série : une action frénétique et invraisemblable, jamais dénuée d'humour, et un scénario qui ne recule jamais devant une incohérence pour garantir la persistance du suspens et de la tension. En orchestrant le retour (et le destin) de tous les personnages majeurs de la saga, le dernier épisode brasse allègrement les thématiques principales sur lesquelles elle s'est construite, pour un résultat déconcertant.

Assez loin des standards définis par les saisons 2 et 3, largement les meilleures de la série, cette dernière saison clôt "Alias" sur un sentiment mi-figue mi-raisin : encore une fois, j'ai dévoré les épisodes les uns après les autres sans le moindre ennui... mais sans non plus sentir la profondeur de champ qui pouvait donner leur ampleur aux moments les plus marquants de la saga. L'essoufflement déjà sensible lors de la saison 4 devient plus incontestable, et la vérité ultime d'"Alias" se fait alors jour : c'était vraiment bien, mais il faut passer à autre chose maintenant...

17 juillet 2009

Dr House - Saison 1

Il serait exagéré de me positionner en exégète d'une série quelle qu'elle soit ; le nombre incroyable de séries marquantes parues ces dernières années est tel que s'y retrouver vraiment nécessite une activité de visionnage à plein temps ou presque. Moyennant quoi je m'en tiens, avec un succès variable, à quelques fleurons identifiés du genre. Parmi les derniers en date, le feuilleton qui fait les choux gras des soirées de TF1 : "Dr House". J'avoue avoir attaqué cette première saison avec un a priori suspicieux. A priori injustifié, certainement, car sans faire de Gregory House un personnage aussi marquant que Dale Cooper ou Nate Fisher, cette entrée en matière est d'un bon niveau.

La bonne idée de "Dr House" est de se démarquer très rapidement d'"Urgences", le fleuron inégalable du genre hospitalo-frénétique, et de placer ses protagonistes dans un obscur service de diagnostic dont l'activité est, par nature, sporadique et limitée. Le suspense et la tension ne viennent donc pas de l'avalanche de cas différents et de points de vue multiples sur un hopital / ruche, mais de l'énigme quasi-policière posée aux médecins par les symptômes atypiques proposés au service de diagnostic.

La formule "un épisode / un cas" fait merveille en début de saison, puis commence à patiner, on comprend vite que la série ne pourra pas reposer durablement sur cette recette. Visiblement les scénaristes également, puisqu'ils introduisent progressivement, et avec plus ou moins d'habileté, différents expédients classiques destinés à pimenter chaque épisode : le corps étranger (un suspicieux mécène qui prend la possession de l'hôpital), des histoires de coeur et des intrigues personnelles qui permettent de développer aussi bien le héros lunatique de la série que ses faire-valoir qui gagnent en épaisseur. C'est ainsi que l'on s'attache peu à peu à Gregory House, l'improbable médecin surdoué et misanthrope, arrogant et charismatique, qui mène à la baguette l'insignifiant petit monde qui gravite autour de lui... et c'est surtout ainsi que l'on gobe assez allègrement les spectaculaires énormités qui parsèment la série : postulat de départ invraisemblable, cas tordus à répétition, péripéties parfois repérables à 15 km de distance...

La première saison de "Dr House" n'est pas inoubliable, certaines faiblesses et grosses ficelles un poil trop voyantes sont à regretter. Mais l'originalité du concept et le charisme du héros, alliés à des dialogues très bien écrits, permettent de s'attaquer à la deuxième saison avec impatience. Differential diagnosis, people !