30 octobre 2009

The Cure - Disintegration

"Disintegration" a vingt ans, j’ai donc vingt ans de plus que lorsque je l’ai écouté pour la première fois - une tautologie aussi choquante à écrire qu'elle peut paraître anodine à lire. Ecrire sur The Cure n’a rien d’aisé. Cela revient pour moi à parler de choses extrêmement personnelles, de choses anciennes, à la fois marquantes et d'une banalité sans nom. Ecrire sur "Disintegration" est un exercice encore plus étrange, car il s’agit d’un des disques que j’ai le plus écoutés dans ma vie. On parle donc de plusieurs centaines d’écoutes, à tel point que je n’ai même plus vraiment besoin du son proprement dit pour en ressentir tel ou tel passage. Je ne me suis jamais prêté à l'exercice, mais j'aurais peut-être le même sentiment en écrivant sur une partie de mon corps. Les disques qui m’ont le plus marqué ne sont pas qu’une affaire de musique ; tout est histoire de contexte, de circonstances, de hasard d'une certaine manière - non que ce soit exceptionnel, il en va de même pour tout le monde, mais cette corrélation ne laisse jamais de me stupéfier. A quelques années près, peut-être aurais-je été totalement rétif à Cure ou Nirvana et aurais-je été bouleversé par Tokio Hotel et Avril Lavigne ?

Mon billet avance, et je m'aperçois que je n'ai fait jusqu'ici que tourner autour du pot. Ne m'en veux pas, lecteur, ce simple fait en dira probablement plus long que le reste sur la relation que j'entretiens avec ce disque - sauf à raconter un peu ma vie, mais je ne le ferai pas ici ni maintenant. Pas plus d'ailleurs que je ne décrirai par le menu la musique en elle-même : de nombreuses critiques le font déjà très bien. Ce qui m’intrigue, c’est la faculté qu’a encore "Disintegration" de me faire ressentir certaines choses. Pourquoi chaque écoute d’Untitled ou Plain Song me plonge-t-elle dans le même état de mélancolie hébétée, me prive-t-elle de ma volonté au point de me faire arrêter de marcher dans la rue ? Est-ce encore la force pure de la chanson ? Ou le poids des souvenirs que j’y attache ? Ou un savant mélange des deux ? Et d'abord pourquoi aurais-je envie d'écouter un disque capable de m'ôter toute volonté d'avancer ?

Il y a probablement là une grande part de nostalgie. J'ai parlé, plus haut, et sans exagération, de plusieurs centaines d'écoutes. Ils sont très peu nombreux, les disques que j'ai autant usés. Plus précisément, il y a bien longtemps que je n'écoute plus les disques autant qu'avant, que je ne m'en imprègne plus jusqu'à ce qu'ils déteignent sur mon quotidien. Si je cherchais à rationaliser les choses, je dirais que c'est simplement parce que j'ai moins de temps pour écouter de la musique, parce que j'ai plus de disques à écouter... Au-delà de l'aspect mathématique, je crois aussi que je n'ai plus la même faculté à m'enthousiasmer, la même opiniâtreté dans l'appropriation de la musique - une histoire d'âge, sans doute. Peut-être que je me plonge avec délice dans les eaux troubles de "Disintegration" parce que je les connais comme ma poche et qu'elle sont la preuve tangible de la réalité de ma jeunesse. Chaque écoute, en tout cas, me pose des questions auxquelles je n'ai pas de réponse probante mais finalement, si c'était aussi ça la force de "Disintegration" ? Un disque qui force à se poser des questions, ne proposant aucune réponse mais permettant de prendre le temps de se demander si tout cela a bien un sens.

"Disintegration", en fait un disque de déliquescence, de délitement plus que de désintégration, me parle toujours autant, parfois sans même que j'aie besoin de l'écouter. Je crois pouvoir écrire sans trop me tromper qu'il fait partie d'une poignée d'albums "générationnels", dans le sens où il a marqué durablement des auditeurs d'une même tranche d'âge, ceux dont l'adolescence a coïncidé peu ou prou avec la fin des années 80. Je ne sais pas si d'autres disques, actuellement, parviennent à jouer ce rôle, en tout cas je ne saurais pas bien les nommer ; j'ai suffisamment foi en la musique pour croire que c'est encore le cas, qu'il est encore possible de forger sa personnalité à l'aide de certains artistes. Merci de ne pas m'ôter cette illusion.

29 octobre 2009

Vinyle #7 - The Cure - Kiss Me

Cher Robert Smith,

te tenait-il vraiment à coeur, ce "Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me" ? Ou bien ce patchwork mal foutu est-il le reflet de la façon dont tu l'as conçu, avec des bouts de chansons récupérées ça et là (Just Like Heaven, auparavant donnée pour générique à une émission de télé et pourtant à jamais au panthéon des chansons pop parfaites), pour répondre à la demande, forcément énorme après le tabac de "The Head On The Door" ? Etait-ce cela, ta vie, une succession invraisemblable de moments euphoriques, lumineux, et de journées de désolation passées à crier ton désespoir, un spectacle plus grand que nature, où la démesure de l'ambition se confond avec la fuite en avant ?

Je me demande souvent si le succès, la reconnaissance ont été plus faciles à vivre que les mois où tu consignais ton mal-être sur une série de monuments claustrophobes définitifs. T'a-t-il été difficile de ne plus exister que pour "The Head On The Door", pourtant pas l'album le plus joyeux de la création, mais le plus léger dont tu aies été capable ? T'es-tu senti prisonnier de cet album qui représentait pourtant un merveilleux exutoire après des années de dépression ? Je me souviens encore de cette émission avec Drucker, ce "Champs-Elysées" où vous étiez arrivés grimés en filles, maquillés à outrance et bourrés comme des coings pour une interprétation à la fois dérisoire et immortelle de Boys Don't Cry. J'étais trop petit à l'époque pour en comprendre toute la portée, pour en saisir, plus que la subversion, le désespoir, l'incapacité à détourner réellement un spectacle avançant avec la puissance et l'inertie d'un train sur des rails.

Il faut croire d'ailleurs que bien d'autres que moi étaient trop jeunes pour comprendre. Sinon peut-être la tristesse absolue de ce disque insensé aurait-elle été mieux sentie, mieux perçue. "Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me" est presque systématiquement écarté d'un revers de la main comme le rejeton indigne et boursouflé de "The Head On The Door". Pourtant, toute la lenteur, la majesté de "Disintegration" sont déjà là, dès le premier morceau (The Kiss, comme par hasard), ou plus loin sur The Snakepit et One More Time. Et toute l'élégance de composition dont tu sais faire preuve éclate sur quelques merveilles immarcescibles (Catch, How Beautiful You Are, All I Want, The Perfect Girl ou Just Like Heaven, encore).

Où alors est-ce l'effet zapping, ce changement d'humeur systématique, qui a dérouté la critique ? Vingt-deux ans après, rassure-toi, cela ne choque plus personne : depuis l'avènement du MP3, sans que l'on s'en rende compte, l'album est devenu une notion rétrograde et dépassée. La musique se consomme comme un menu MacDo, en "Best Of", version Maxi pour les boulimiques. Il est bien plus facile de picorer les morceaux comme des nuggets, sans se soucier de la composition ou de l'équilibre du repas. Aurais-tu été heureux, cependant, d'imaginer que chacun vienne consommer à loisir tes chansons sans se préoccuper de la façon, aussi tordue soit-elle, dont tu les avais agencées ?

Restent à expliquer ces inexplicables faux pas. Hey You !, Why Can't I Be You, Hot, Hot Hot !!!, franchement... A quoi ça rime ? A rien, probablement, j'imagine même que c'est pour ça que tu as gardé ces morceaux dans la liste, pour mieux montrer par quels méandres l'inspiration peut passer. A moins que l'on t'ait forcé à panacher ton cocktail de chansons plus dynamiques pour ménager les ventes. Dans un cas comme dans l'autre, cela a dû être douloureux.

J'ai trop lu "Les Inrockuptibles" étant jeune, alors l'expression "grand disque malade" me brûle les lèvres. Mais finalement, avec toi, cher Robert Smith, la maladie est un prérequis, à quoi bon la mentionner ? "Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me" est, conséquemment, un grand disque, tout court. Probablement pas ton meilleur, ni ton plus triste, ni le plus joyeux, mais peut-être le plus vivant, celui où au-delà de la mélancolie, tous les sentiments que l'on peut ressentir au cours d'une vie se trouvent concentrés. Il est encore sacrément pertinent plus de vingt ans après : tu peux être fier.

7 octobre 2009

Hélène Berr - Journal

Hélène Berr, jeune femme de famille aisée, commence ses études à l'Ecole Normale Supérieure, et répartit ses loisirs entre musique, littérature, amours naissantes et actions de bienfaisance. Hélène Berr est juive, et son journal commence en 1942. La nature même du livre, document incroyable sur une des plus noires périodes de l'histoire, impose évidemment le respect, mais le journal d'Hélène Berr s'avère surtout un document rigoureux et sans concession sur les privations successives subies par les juifs à cette période, sur l'injustice profonde des décrets promulgués à cette période, sapant, d'abord insidieusement puis explicitement, toujours plus de libertés pour les porteurs de l'étoile jaune...

Le plus grand paradoxe du livre est peut-être aussi sa grande force : le personnage d'Hélène Berr, aussi admirable soit-il par ailleurs, n'est pas de ceux avec lesquels il est aisé d'être en empathie. Brillante, riche, dévouée, cette jeune fille apparaît d'abord bien lisse. Son style souvent pédant rend certaines pages horripilantes, sa façon de coller inutilement des termes anglais au milieu de phrases en français s'apparente à une afféterie maniérée. Ses menus états d'âmes, détaillés scrupuleusement au début du journal, ennuient de prime abord. Ces scories sont aussi indispensables que le reste, aussi vitales que les pages plus enflammées, plus engagées, plus "nobles", car ces différentes facettes permettent de mieux comprendre la personnalité d'Hélène Berr, dans toute sa complexité tragiquement humaine. C'est lorsqu'elle agace que cette jeune femme se rapproche le plus de nous, et dépasse le cadre du personnage littéraire. Cette incarnation devient fondamentale, car par ailleurs ce livre nous place dans l'un des paradoxe les plus choquants de notre position de lecteur : on a beau savoir que ce n'est pas un roman, que ce journal consigne des faits réels, c'est bien lorsque la peur s'installe que l'on commence à se sentir captivé par la narration... Il est rassurant de pouvoir se dire (mais pourrait-il subsister un doute ?) que cela provient de la proximité que l'on a nouée avec Hélène Berr au cours des premières pages et pas d'une fascination morbide.

Quant au glissement progressif dans l'horreur, implacable et inéluctable au fil des pages, il se passe évidemment de commentaires, je ne pourrais qu'être oiseux en tentant de le traduire. Sur la forme, cette dichotomie entre une première partie finalement heureuse et une seconde moitié atrocement chaotique fait de ce journal un "Mulholland Drive" pour de vrai. Je me contenterai de signaler également que les dernières pages, une juxtaposition d'horreurs marquée par la peur qui sourd de chaque ligne, par l'angoisse de se sentir traquée à tout moment, sont d'une force tout simplement inouïe.

5 octobre 2009

John Burdett - Bangkok Tattoo

Deuxième épisode des aventures de Sonchaï Jitpleecheep, le drôle de flic inventé par John Burdett. Cette fois, Burdett pousse encore plus loin l'impénétrabilité de son personnage : si Jitpleecheep naviguait, dans "Bangkok 8", entre (grossièrement), ses origines orientales symbolisées par sa vision bouddhiste de l'univers, et sa culture occidentale l'astreignant à une certaine rigueur cartésienne, il devient ici franchement improbable. En effet, on apprend (c'est d'ailleurs l'un des ressorts du roman) que Sonchaï assiste sa mère, prostituée à la retraite, et son supérieur hiérarchique, officier de police corrompu jusqu'à la moëlle, au cynisme machiavélique, pour la gestion d'un bordel destiné essentiellement aux occidentaux âgés.

L'intrigue ? Un imbroglio relativement imbitable, qui s'amorce lorsque la plus belle des protégées du bordel Jitpleecheep annonce avoir tué (sauvagement) un de ses clients, qui s'avère être un agent de la CIA. S'ensuit une sarabande où l'on croise pêle-mêle la CIA, le milieu musulman thaïlandais, de grands pontes de l'armée et de la police occupés à comploter les uns contre les autres, et même des truands chinois ou japonais. Excessif (et d'autant plus que la note de l'auteur placée en fin d'ouvrage semble laisser entendre que rien dans ce qu'il connaît de la Thaïlande ne justifie la construction d'un univers tel qu'il le décrit), "Bangkok Tattoo" s'attache surtout à décrire la vie étrange des prostituées thaïlandaises. Même si la description en est très romancée, l'ensemble fonctionne et l'attrait légèrement malsain exercé par ces milieux interlopes fait encore une fois son effet.

On peut regretter l'évolution trop caricaturale du personnage principal, qui n'aide pas à trouver son chemin dans ce labyrinthe d'intrigues enchevêtrées, mais qu'on n'y comprenne goutte passe au second plan. Cette succession de péripéties s'écoule à un rythme languide, dans un flou savamment entretenu qui donne l'impression au lecteur de suivre cette histoire à travers un voile opiacé, et qui met surtout en valeur l'argument principal du livre : la passion trouble qui unit Sonchaï et la prostituée Chanya...

4 octobre 2009

PSG - Nancy : 1-1

Un stade totalement silencieux, où soudain l'on entend les spectateurs tousser, se racler la gorge, où l'on entend le bruit des pieds des joueurs sur le ballon, où les actions ne déclenchent que quelques timides bruissements, vite réduits à néant : les cinq premières minutes de la seconde mi-temps, dédiées à la mémoire de Brice Taton, supporter toulousain décédé cette semaine après avoir été agressé en Serbie, auront finalement été les plus étranges et les plus intenses de ce match. Pour le reste, et s'il faut parler de sport, le résumé de la soirée tient en une seule question : comment peut-on expliquer que la même équipe puisse se montrer conquérante, joueuse, opiniâtre face à Lyon, et apathique, atone, sans volonté face à Nancy ? J'imagine que c'est là un simple pas de plus dans ma compréhension des paradoxes frustrants du Paris-Saint-Germain. Il n'empêche que voir une équipe tétanisée par un milieu déficient qui ralentit totalement le jeu, à l'image d'un Makélélé hors-sujet, une équipe qui ne se décide à entrer dans le vif du sujet que l'espace de quelques minutes (après l'ouverture du score nancéenne et jusqu'à l'égalisation, puis lors des dix dernières minutes du match) a quelque chose de décourageant. Les matchs nuls peuvent se suivre sans se ressembler : celui contre Lyon était porteur de beaucoup d'espoir, malgré un résultat mitigé, le match d'hier résume la situation d'une équipe sans ressort et qui n'encaisse que trois points en quatre matches. L'automne sera long...

24 septembre 2009

Vinyle #6 - Taxi Girl - Seppuku

"Je serai ta victime ce soir, mais je n'ai pas peur"... (Le Chant des Enfants Morts, sur "Seppuku" de Taxi Girl)

Robert Smith n'a pas été le seul à souffrir à l'orée des années 80, et "Pornography", le chef d'oeuvre de Cure, n'est peut-être que le membre le plus renommé d'une fratrie effrayante, anormale. Une cohorte de disques de l'ombre aussi choquants et marquants que le défilé des "Freaks" de Tod Browning... Daniel Darc, dont les derniers albums ont été à juste titre acclamés, vient de là, de ce caniveau où se mêlent toutes sortes de fluides et d'impuretés. Vingt-cinq ans après, ses démons semblent moins dévorants, mais si ses mots sonnent juste, si sa sincérité affleure à chaque intonation de sa voix, c'est parce que l'on sent distinctement à quel point il a pu descendre bas. Bas, "Seppuku" ? Indéniablement : il n'y a rien de noble ici, rien que du désespoir, de l'autodestruction, du dégoût de soi, dissimulés à grand-peine derrière une pochette travaillée signée Mondino, derrière une production de Jean-Jacques Burnel (des Stranglers). Mais même avec des paillettes et du rouge à lèvres, du fond de teint et une chouette robe de soirée à paillettes, "Seppuku" reste une junkie paumée, frissonnant en attendant sa dose d'euphorie chimique.

"Seppuku" commence pourtant étrangement, avec Les Armées de la Nuit dont l'intro se fait presque sautillante, jusqu'à ce que les mots de Darc viennent ravager cette première impression ("Nous marchions dans les rues, sans même un regard, nous étions les derniers, seuls jusqu’au matin") . L'acclimatation prend quelques minutes, comme en plongée il est nécessaire d'équilibrer la pression pour pouvoir descendre sans se détruire les tympans... Et c'est bien de profondeur dont il est question ici, au moins si l'on cherche à qualifier l'atmosphère qui se dégage du disque : sous ses dehors bien peignés, "Seppuku" est un album de bas-fonds, de gouttière, de parking souterrain. Il sera facile de railler ses atours new-wave, ce son froid et synthétique, ces voix blanche qui appellent à la caricature, ce sera d'autant plus facile que "Seppuku" n'est pas facile à aimer. Pourtant derrière ce son apparemment froid, vestige de l'époque, "Seppuku" est bien un disque désespérément humain, fait de chair et surtout de sang, ce sang dont Darc aspergea son public lors d'un concert devenu légende. La voix, blanche et maladive, de Daniel Darc, exhale tous ses états d'âme et ses excès de l'époque, et l'instrumentation, construite principalement autour d'ornementations de clavier synthétiques qui serpentent vicieusement autour d'un son blanc et crispé construit par la guitare et la basse, parvient à peine à maintenir l'illusion d'une structure et camoufle à peine l'effondrement psychique dont ce disque est le témoignage.

A la fois témoin de son époque et chronique intemporelle d'une descente aux enfers, "Seppuku" est un disque définitif, comme le geste de Viviane Vog qui "tranche ses veines" sur le titre du même nom... Peut-être ne l'aimeras-tu pas, lecteur, et je ne saurais t'en vouloir : après tout l'inconfort n'est pas une obligation.


PS : Pour parler de "Seppuku", comme pour l'écouter, le choix du vinyle est une quasi-nécessité... dictée par des impératifs pratiques, puisque les parcimonieuses rééditions CD sont introuvables ou presque.

23 septembre 2009

PSG - Lyon : 1-1

Espoir, doute, exaltation, frustration : en quelques heures, la rencontre entre le PSG et l'Olympique Lyonnais aura permis de vivre toutes les sensations qui font du football un spectacle d'une intensité incroyable. Avant le match, on espère le meilleur, tout en reconnaissant avec humilité que Lyon fait peur, que l'on craint le pire. Le pire aurait été que l'OL prenne les rênes de la rencontre, le contrôle du jeu pour un affrontement à l'issue certaine. Mais bon sang que cette équipe parisienne fut belle à voir. Si le début du match a été lyonnais, la révolte du PSG a été éclatante : engagement total, esprit combatif, l'équipe a développé un jeu vraiment enthousiasmant, beau à regarder - et tous les joueurs ont été bons. Tant et si bien que l'absence de ce couillon de Sessegnon, considéré comme l'unique dépositaire de l'animation parisienne, passe inaperçue. On regrette plus celle d'Erding, qui aurait certainement eu la possibilité de tuer le match alors qu'Hoarau, pas encore au niveau de l'année dernière, vendange plusieurs occasions. Le PSG aura ainsi mené pendant plusieurs dizaines de minutes, devant un Parc à l'ambiance surchauffée. Alors effectivement, le but de l'égalisation lyonnaise fait mal : même s'il a été concrétisé lors d'une grosse phase de domination pour les joueurs de l'OL, Gomis était purement et simplement hors-jeu. Au final, est-ce qu'il vaut mieux voir un superbe match malgré un résultat frustrant ? Ou bien se satisfaire d'une victoire étriquée, obtenue au cours d'un match pourri ? Je n'ai pas la réponse. Tout ce que je sais, c'est que le Parc a vu un superbe match. Paris aurait dû gagner, bordel !

15 septembre 2009

Taxi Girl - Aussi Belle Qu'une Balle

Ce bref billet en appellera bientôt un autre, plus long, au sujet de Taxi Girl. Mais j'avais envie de partager un bref instant de nostalgie, un voyage qui commence comme une bonne rigolade kitsch, une rigolade qui s'arrêterait net, comme on appuierait sur une gâchette... Quant on parle de musique des années 80, il est toujours difficile de faire comprendre ce qui peut différencier la purée préfabriquée de certaines vraies chansons. La limite est mince en vérité : Aussi Belle Qu'une Balle, avec son clip cheap montrant les trois musiciens jouer un playback plus qu'approximatif, avec ses synthés en avant, donne bien envie de grasseyer en ressortant quelque fameuse parodie des Inconnus. Le chant maniéré de Daniel Darc élargira les sourires entendus, mais prêtez attention aux paroles : une litanie basée sur un désespoir amoureux qui vire au morbide. "Et moi je n'attends qu'elle, oui mais autant vouloir se tuer" : voici que quelques gloussements se transforment en toux embarrassée. Voyez-vous la gravité de Daniel Darc, à travers ses oripeaux d'époque ? Comprenez-vous l'étrange subversion de cette chanson aussi chargée de bile qu'elle paraît sucrée de prime abord ?

Taxi Girl peut prêter à rire. Mais le quatuor (puis trio après la mort d'un de ses membres) n'a jamais versé dans la gaudriole. Retenez ceci : Taxi Girl vaut bien mieux qu'une caricature. Alors ce billet aura rempli son rôle.




6 septembre 2009

Vinyle #5 - Pink Floyd - Wish You Were Here

En parcourant d’une main distraite les étagères de ta tour à CD à la recherche d’un fond sonore décent, tes doigts se sont posés sur cet album, ce vieux truc que tu n’avais pas écouté depuis des années, "Wish You Were Here" de Pink Floyd. L’album idéal à écouter bien assis dans un fauteuil, pendant qu’on feuillette distraitement une BD ou une revue, t’es-tu dit – bon sang, es-tu déjà si vieux ?

Dès que les premières nappes synthétiques ont rempli l’espace de la pièce, tout est revenu. L’humiliation, ce putain d’éclair goguenard dans les yeux de la fille quand tu lui as expliqué que c’était un de tes albums préféré, cette moquerie muette dont tu n’avais pas saisi la cause – tu en avais en revanche parfaitement compris les implications : jamais tu n’arriverais à tes fins avec elle. Plus tard, lorsque, pas rancunière, elle te ferait découvrir le punk, Sex Pistols, Joy Division, Pixies, tu comprendrais à quel point tu t’étais gouré ce jour là.

Pink Floyd, c’est ces bajoues flasques, ballottant mollement autour des visages falots des trois vieux paumés sur une scène trop grande pour eux, le regard perdu dans la foule, au beau milieu de ces centaines de milliers de spectateurs assoupis ou assommés par trop de joints, ces trois ventripotents essayant désespérément de montrer qu’ils valent encore quelque chose, ex-rockstars en chemises de vieux, en pantalons de vieux, dégarnis comme des vieux mais essayant de jouer jeune, et cet espèce de désarroi sur leur visage, d’aveu d’échec muet pourtant palpable même à travers un écran de télévision.

Pink Floyd, c’est tes premières soirées au lycée, avec quelques amis, les premières bitures, les premiers joints, ces crépuscules interminables qui se prolongent en nuits blanches, les discussions qui deviennent de plus en plus ineptes et clairsemées lorsque l’alcool et le cannabis font leur effet, pour finalement n’aboutir qu’à de longues plages de silence, durant lesquelles tout le monde écoute la musique, ponctuant quelques morceaux de bravoure d’un hochement de tête approbateur, à défaut d’avoir encore la capacité d’articuler un commentaire intelligible.

Pink Floyd c’est ces ampoules au bout des doigts, les cordes métalliques de ta première guitare qui te meurtrissent la chair quand tu essaies d’imiter les bends improbables de David Gilmour (dans Guitar Part, tu as lu qu'il pouvait faire monter la note de deux tons et demi, toi, en y allant de toutes tes forces, tu as péniblement réussi à atteindre un ton, puis la corde a émis une note étrange et sèche en se brisant), c’est aussi ces heures passées à rembobiner ta cassette, à repasser, inlassablement, l’interminable intro de Shine On You Crazy Diamond, pour tenter d’en reproduire le solo, sous le regard bienveillant de tes parents qui préféraient t’entendre jouer la musique de leur jeunesse qu’aligner les accords saturés et strident d’une chanson punk. C'est encore les regards posés sur toi (admiratifs pour certains, goguenards pour quelques autres), ce soir de beuverie au coin d'un feu de bois, sur la plage de Saint-Georges de Didonne, lorsque tu as interprété Wish You Were Here, reproduisant même avec application le solo de l'introduction...

Près de dix ans après, tu es affalé sur ton fauteuil, et en y repensant, depuis quand n'avais-tu pas écouté ce disque? Trop de mauvais souvenirs, trop de choses que tu aimerais avoir oublié, et puis Pink Floyd, ça fait désordre pour quelqu'un qui aimerait se targuer d'avoir des goûts musicaux pointus... Pourtant, même si ça t'arrache la gueule de le reconnaître, cet album est plutôt bon. Excellent, même. Wish You Were Here, finalement c'est une superbe ballade, non? Ca écoeure moins que Hotel California, merde. Même Welcome To The Machine, avec sa pseudo-philosophie sous-jacente à la Orwell, ça s'écoute encore assez bien. Et Gilmour, quel guitariste, quand même... Pour un peu, tu ressortirais ta gratte, pour te dérouiller un peu les doigts, peut-être que tu n'as pas tout perdu... Alors tu réalises, alors que les dernières notes s'éteignent pour laisser place au silence, tu réalises que tu as beaucoup plus vieilli que ce disque que tu as essayé de détester pendant des années sans jamais réellement y parvenir. Cet échec que tu croyais lire dans les yeux des musiciens, ce sera bientôt le tien. C'est celui de tous ceux qui essaient de rattraper leur jeunesse. Mais les musiciens de Pink Floyd, eux, ont vraiment quelque chose à rattraper, pas seulement quelques souvenirs de drague minable ou de biture sordide. Tu ne fais pas vraiment le poids. Tu reposes prudemment le disque là où il était, puis tu sors prendre l'air quelques minutes...

1 septembre 2009

Eli Gottlieb - Ainsi Soit-Il

Après la fin tragique de son meilleur ami d'enfance, écrivain raté, un homme se penche sur son passé et déclenche une succession de révélations plus surprenantes les unes que les autres. Sur le papier, l'argument du roman d'Eli Gottlieb paraît prometteur. Déception à l'arrivée : le livre refermé, qu'en retiendra-t-on ? Pas grand-chose ; la faiblesse d'"Ainsi Soit-Il", c'est de paraître toujours courir après la justification de son existence. Drame psychologique ? Chronique d'un couple qui se délite ? Il se passe en permanence beaucoup de chose dans le roman, en tout cas il se passe beaucoup de choses dans l'esprit de son narrateur, mais sans que jamais une intrigue ne se dessine réellement. Le livre se referme avec l'impression paradoxale d'une lecture à grande vitesse, dans l'urgence, mais qui ne mène nulle part. Pourtant toutes ces péripéties ont bien un point de convergence, qui se précise fort logiquement à la conclusion du livre, mais entre le début en fanfare et cette fin volontairement renversante, tout semble s'enchaîner sans logique.

La faute aussi à des personnages trop schématiques, trop caricaturaux : le personnage de Rob Castor, poète maudit voué à l'échec, ne prend jamais l'ampleur qui devrait être la sienne compte tenu de la place centrale que son charisme est censé lui donner dans le petit monde qui gravite autour de lui. Quant au narrateur / héros, totalement insupportable dans son affectation intello-arty bien américaine, il catalyse tous les clichés du roman psychologique new-yorkais. Les romans de David Gates ("Jernigan", "Preston Falls") ont autrement plus d'élégance et de force dans la description de l'emprise du quotidien sur la vie d'un américain moyen, et du dérèglement progressif d'une existence huilée.

La pêche sera probablement meilleure la prochaine fois, en tout cas "Ainsi Soit-Il" s'oubliera bien vite.